« Faire d'un événement, si petit soit-il, la chose la plus délicate du monde, le contraire de faire un drame, ou de faire une histoire. »

Gilles Deleuze, Dialogues

jeudi 15 mars 2012

Sur les quais de la Seine, le Japon.... セーヌ河岸の古本屋の箱に日本は入っています

La Boîte de bouquiniste n° 31, face à l’Institut de France, au niveau du 17, quai Conti à Paris, ouvre en l'honneur du Japon pendant le Salon du livre, du 17 au 19 mars, et présente une sélection de livres d'artistes, plasticiens et poètes, Manon Gignoux, Emmanuel Guilbert, Marie-Ange Guilleminot, Aki Lumi, Yuki Onodera, Emmanuelle Riva, Ryoko Sekiguchi, d'écrivains aussi, Michaël Ferrrier et Philippe Forest.

Métro Louvre-Rivoli et Pont-Neuf, Bus 24 et 27 arrêt Pont-des-Arts


Une installation dans une boîte de bouquiniste, une façon de faire passer dans l'espace public d'autres choses que commerciales.

mardi 6 mars 2012

Conférence rencontre le 14 mars... 3月14日の講演会

Mercredi 14 mars, à la BULAC, bibliothèque universitaire des langues et civilisations, 65 rue des Grands Moulins, 75 013 Paris, de 18h00 à 19h30 à l'auditorium, a lieu une rencontre autour du thème :
La nature dans la ville japonaise. Carnet de voyage … 
Avec Aleksi Cavaillez, illustrateur et vidéaste, et moi-même en tant qu'architecte et chercheur à l’Université de Waseda à Tokyo.

Voici un résumé de mon intervention :

La nature à Tokyo, des lieux, des saisons et des pratiques

L’histoire urbaine japonaise nous incite à décentrer notre regard pour voir comment la conception et la perception de la nature existent ailleurs et constater que la beauté peut être autre que celles des formes canoniques de la ville occidentale.
« La nature, fondement de la conception du monde au Japon, n’est pas la nature telle quelle, nue. C’est une nature qui a été cultivée tout au long de l’histoire, depuis les temps préhistoriques. Cette conception de la nature a formé le pays entier comme produit d’une civilisation, et la ville en  a représenté l’apogée. » écrit Kawazoe Noboru, historien de la ville et de l’architecture. Il se réfère plus précisément à Edo, capitale politique à partir de 1603, dont la population a atteint un million et demi d’habitants à partir du XVIIIe siècle et qui a véritablement matérialisé une idée spécifique de la nature. L’esthétique paysagère qui s’y est construite et diffusée, est liée à de multiples pratiques sociales qui forment toute une « urbanité en actes ». Basée sur une minutieuse observation du monde matériel et sa perception sensible, l’appréciation de la nature, c'est-à-dire d’une infinité d’éléments, de phénomènes en perpétuels changements, a structuré la vie des habitants selon le rythme des saisons.
A partir de la fin du XIXe siècle jusqu’aux années 70, les ressources naturelles de Tokyo se sont fortement dégradées. Malgré tout, on peut toujours observer la permanence du cours de la nature dans l’espace urbain et la vie sociale. De nombreuses pratiques, collectives ou individuelles, continuent de se dérouler suivant un calendrier d’événements saisonniers bien connus de tous, et ces conduites ne se réduisent pas à de simples habitudes ou à un folklore. Elles se réfèrent à des symboles, des valeurs, esthétiques notamment, et les transmettent. A travers ces pratiques rituelles, les citadins partagent et conservent une forte intimité avec de nombreux phénomènes naturels même dans une vaste région urbanisée comme celle de Tokyo. Dans la ville actuelle, la reconquête de la qualité de l’environnement et des paysages engagés par de multiples mouvements d’habitants est aussi une forme de réappropriation de l’espace public.
Dans un contexte de ville diffuse, étalée, qui se généralise, le cas de la ville japonaise peut être considéré comme une ouverture pour penser différemment le beau et le bien-être dans la ville.


jeudi 23 février 2012

Deux journées de rencontres... 脱原発世界会議の二日

Les 14 et 15 janvier derniers ont eu lieu, à Yokohama, deux jours de conférences internationales sur le thème "Un monde sans nucléaire". Une occasion pour tous les groupes, associations, mouvements, de se réunir, d'échanger leurs expériences, des informations, ... et écouter les nombreux intervenants venus du monde entier : de Russie et d'Ukraine pour parler de Tchernobyl, de Jordanie ou du Vietnam où le Japon doit installer des centrales nucléaires, et même de Tahiti, etc.
La soixantaine de tables rondes, conférences, projections de films, accompagnées de concerts qui se sont succédés du matin au soir sur une scène, a attiré 11 500 personnes, surtout des jeunes et des vieux. 
Pétition pour demander un référendum local sur le nucléaire. Les habitants de Tokyo et Osaka ont lancé cette initiative et ont reçu assez de signatures pour obtenir l'organisation d'un vote métropolitain. Les étrangers qui résident au Japon avec un visa permanent peuvent participer à ce type de référendum.

Ce type de rencontres est prisé par les Japonais, organisateurs hors pairs, et elles sont absolument nécessaires car il n'existe pas de mouvements ou de partis représentatifs de la société civile à l'échelle nationale ; au Japon, même les syndicats sont propres à chaque entreprise. Les actions sont donc toujours localisées, sur un problème précis, délimité et concret. Par exemple sur la question du nucléaire, l'action est concentrée pour obtenir la fermeture de telle ou telle centrale, comme celle de Tomari sur l'île de Hokkaidô, ou bien portée par une association locale comme celle des pêcheurs de Fukushima, interdits d'activité, qui luttent pour empêcher les rejets des eaux radioactives en mer.
Opposants aux centrales de Hokkaidô... 北海道の脱原発運動
Association de protection de la côte de Sanriku, Fukushima, contre les rejets radioactifs en mer

Chaque centrale, chaque question, a son groupe local d'activistes, appelé ici "mouvement d'habitants ou de citoyens", qu'il faudrait d'ailleurs plutôt nommer "mouvements  d'habitantes ou de citoyennes" tant les femmes sont présentes dans ces groupes et cela depuis longtemps. 
En effet, les femmes japonaises se préoccupent avant tout de la santé de leur famille, elles sont donc toujours montées au créneau sur les questions des pollutions industrielles ; elles sont diplômées, et en tant que femmes au foyer, elles peuvent dégager du temps pour s'investir dans la recherche de l'information, les réunions, la rédaction de documents, les rendez-vous avec les autorités politiques ou administratives. Les actions portent sur un point particulier mais par une obstination concentrée, elles finissent par porter leurs fruits. Ce mode d'intervention est en fin de compte efficace.
Les militantes contre l'utilisation du Mox, vendu par Areva au Japon, en entendant que j'étais française, ont commencé à me poser des questions sur l'utilisation du Mox en France auxquelles j'étais bien incapable de répondre. La prochaine fois que je pointe mon nez dans une telle rencontre, il faudra que je révise un peu.
Les spécialistes du Mox, opposées à la centrale de Monjû... モックスの専門家になった主婦たち

A l'entrée du centre de conférences, Yokohama Pacifico sur le port de Yokohama, des expositions de photos, tirages en noir et blanc des bombardements de Hiroshima et de Nagasaki, à côté de grands formats en couleurs d'images prises dans la zone d'exclusion de Fukushima. Toujours ce lien marqué entre ces trois événements pour souligner à la fois, le péché originel du nucléaire, d'abord militaire, la malédiction atomique du Japon, et l'indécence du choix de l'énergie nucléaire vis à vis des victimes, argument moral qu'avance toujours le prix Nobel de littérature, Oé Kenzaburo. Quelque chose de l'hybris qui s'empare des humains, de la démesure orgueilleuse et oublieuse des risques transparaît dans ces événements, Hiroshima, Nagasaki, Fukushima, que relie une dimension hors nature, littéralement monstrueuse. 
Chiens abandonnés errant dans la zone d'exclusion. Écrit sur le portique d'entrée de cette bourgade : "L'atome, énergie d'un avenir radieux"

Un représentant français était Paul Jobin, qui enseigne la sociologie du Japon à l’Université Paris Diderot et travaille sur les enjeux contemporains en santé publique. Il a publié le livre Maladies industrielles et renouveau syndical au Japon, qui part des premières pollutions dans des mines de cuivre au 19e siècle, aborde les combats fondateurs des populations contre l'usine chimique Chiso, cause de la redoutable maladie de Minamata due à la pollution des eaux de mer par des rejets de mercure à la fin des années 50 dans le sud du Japon. La reconstruction des liens à la nature abimée, à travers le renouveau de fêtes rituelles locales, de moments de partage par la communauté touchée devient la base d'actions contre les pouvoirs économiques et politiques. 
Groupe "Forêts du Japon, réseau biomasse"
Un arbre des propositions, à côté d'arbres des souhaits ou des pensées... 提案の木、希望の木、思考の木

Bien sûr, tout cela forme un fond pas très rigolo mais l'ambiance dans le centre de conférences vibrant comme une ruche, avec des ateliers en continu pour les enfants des participants, n'a rien de mortifère ou morbide. Au contraire ; c'est la vie sous toutes formes d'expressions qui surgit, avec ce côté bon enfant qui nous semble à nous Français (portés sur le concept, l'abstrait, la pensée universalisante, le militantisme prise de tête), un peu naïf, parfois presque niais. Mais l'absence de prétention donne en fait beaucoup de force. 
Échanges dans la salle des associations... NPOの部屋にある交流
Groupe amateur de musique et danse hawaïenne de la préfecture de Gunma devenu  anti-nucléaire à la suite de la forte contamination de la région... 群馬県のハワイアンダンスと脱原発運動の会
Dans le Japon ancien, on croyait que les séismes et tsunami étaient causés par un gros poisson-chat vivant sous terre qui se mettait à bouger. Ses mouvements étaient le signe du mécontentement des forces profondes de la nature contre l'impéritie des puissants et gouvernants. Les cataclysmes naturels offraient donc de fortes occasions de remettre en cause les pouvoirs en place. Pour beaucoup de Japonais, cette crise révèle aujourd'hui, de la même façon, les inconséquences de l’État et des bureaucrates. Jusqu'où ira la contestation ?





dimanche 12 février 2012

L'école, le nucléaire et la neutralité... 教育と原発と中立性

Ma vive réaction à la visite de l'usine de combustible nucléaire Mitsubishi-Areva à Tokai-mura* par les classes de secondes du lycée franco-japonais de Tokyo le 17 janvier dernier, a été perçue par certaines personnes comme "violente". Je tiens à dire que je ne doute pas un instant de la bonne volonté de tous ceux qui ont contribué à l'organisation de cette sortie. Et que je ne cherche ni polémique inutile, ni buzz à la petite semaine, mais "le contraire de faire une histoire". Cependant, pour revenir sur un commentaire critique, je ne pense pas qu'on puisse faire l'impasse sur la nature de la production d'une usine visitée par une classe parce que le but donné ne serait que découvrir des entreprises et des métiers. Ce serait se priver d'une occasion de réfléchir.

Neige à Tokyo le 18 janvier... 1月18日東京にある

Apprendre après coup le contenu de cette visite dont l'objectif annoncé était donc de "découvrir les métiers scientifiques et technologiques liés à l'énergie" et des "possibilités de carrières internationales", et surtout constater l'absence de mise en perspective par rapport à la situation du Japon, où nous vivons et qui doit faire face à un accident nucléaire majeur depuis le 11 mars, à 270km de Tokyo, cela aussi a été violent. Et vraiment incompréhensible. Pas seulement pour moi puisque l'association de parents d'élèves AF-fcpe a également réagi. 

Cette impression de déni de la réalité** serait en fait dû à un "problème de communication". Chose mieux précisée après coup encore, cette visite s'inscrit dans un projet "Eco-école", sur le thème de l'énergie cette année, et dans ce cadre, divers modes de production d'énergie devraient être présentés, le solaire devant succéder au nucléaire. Ainsi, tandis que l'école affirme son souci de ne s'interdire aucune thématique et de rester neutre, chacun pourra en connaissance de cause exercer son esprit critique. 

Cerisiers sous la neige. A Fukushima, la radioactivité est surnommée neige invisible... 雪の桜。福島では放射能は目に見えない雪だと言われています

Ne s'interdire aucun sujet, c'est très bien mais la neutralité, cela signifie-t-il présenter l'un après l'autre, sur le même plan, divers modes de production d'énergie, le nucléaire, puis le solaire, et ensuite les "bio-carburants" ? Nous sommes nombreux à penser qu'aujourd'hui un tel inventaire est tout sauf neutre. Parce que dans le cas des installations nucléaires, malheureusement, les conséquences d'un accident se font ressentir à des échelles de temps et d'espace que nous ne maîtrisons pas, voire incommensurables. Ici au Japon, dans un pays directement concerné, où la sismicité aiguë augmente fortement les risques, nous sommes bien placés pour le voir.

Aller visiter des installations nucléaires, nous ne sommes pas contre, mais il nous semble qu'on ne peut s'épargner ni la prise en compte des données contextuelles (c'est vraiment un minimum), ni même une réflexion de fond (qui ne veut pas dire une pensée unanimiste), par exemple autour des fameux trois E (economy, environmental conservation, energy independance). 

Ceci en guise d'épilogue sur un sujet important et sensible.                          Je me réserve le droit de supprimer les commentaires insultants ou déplacés.

* La destination annoncée aux élèves était Tsukuba qui évoque pour ceux qui résident au Japon une université et une technopole. Le nom de Tokai-mura suscite d'autres évocations puisque cet endroit "is specifically well know as the birthplace of atomic power in Japan", dixit la brochure ramenée. En effet, la première centrale nucléaire japonaise y a été mise en activité en 1963. Puis autour de celle-ci, se sont concentrés centres de recherche et industries liés à l'énergie atomique, tels plusieurs sites de fabrication de combustible. Pour ceux qui sont depuis plusieurs années au Japon, Tokai-mura évoque surtout le lieu où se produisit un sérieux accident de criticité dans une de ces usines, JCO, en septembre 1999, qui fit deux morts et plusieurs centaines de personnes irradiées.

** D'autant plus curieux que l'usine en question se trouve dans la préfecture de Ibaraki qui jouxte celle de Fukushima. Un père japonais m'a fait ironiquement remarquer qu'en mars dernier, le gouvernement français envoyait un avion pour rapatrier ses ressortissants et qu'en janvier, on emmenait les élèves visiter des installations nucléaires à Tokai-mura à deux pas de Fukushima. 

 

mercredi 1 février 2012

Jardin de pivoines d'hiver à Ueno...上野の冬牡丹園

Jours de froid piquant et de bise mordante.
Et pourtant des pivoines sont en fleurs dans un jardin de Ueno, ouvert depuis le premier janvier et encore une large partie de février cette année.

A Japon, pour accueillir l'année nouvelle, on fait fleurir en plein hiver une variété de pivoine grâce à une capuche de paille de riz nommée wara bocchi 藁ぼっち qui crée un micro-climat autour de la plante et la protège de la neige. Cette couverture porte le même nom que les bottes de paille dans les rizières après la récolte, et n'est pas sans rappeler les pèlerines de paille, mino 蓑, portées autrefois pour se protéger de la pluie ou de la neige. La variété florale ainsi travaillée fleurit normalement deux fois, au début du printemps et à la fin de l'automne. La floraison du printemps est supprimée en éliminant les boutons et la floraison suivante, plus tardive dans l'hiver, est rendue possible grâce à la capuche de paille qui devient un élément plastique intégré dans le jardin. Le Japon est maître dans l'art de transformer les contingences en esthétique.

Cette manière a été mise au point durant l'époque Edo au XVIIIe siècle, période qui vit un essor éclatant de l'horticulture avec la démultiplication des hybrides de nombreuses plantes à fleurs et des techniques de culture. La classe dominante, celles des bushi, les guerriers, se retrouva avec beaucoup de temps libre pendant les 250 ans de paix de l'époque Edo (1603-1867). Obligés par le shogunat des Tokugawa à posséder plusieurs résidences, dans leur fief et dans la cité d'Edo, les samouraïs se reconvertirent dans le jardinage. Certains puissants daimyô, grands feudataires, laissèrent leur fortune dans leurs jardins d'agrément.

Cette floraison est révélatrice des liens avec la nature très construits par la culture japonaise. La relation à la nature, au Japon, est souvent qualifiée d'harmonie, mais il faudrait plutôt parler d'alliance très sophistiquée. Dans quel but ? Goûter un moment révélé par sa beauté éphémère et partager un bref et délicat plaisir poétique. La sensualité des fleurs de pivoines paraît encore plus fragile dans la froidure hivernale. Outre la touche d'attirance pour l'étonnant ou même le bizarre ajoutée par l'époque Edo, c'est toujours notre condition, précaire et transitoire, qu'évoquent les faits de nature ainsi mis en scène sous forme d'un paysage dramaturgique. 

Ce jardin, qui semble être là depuis toujours, fut créé en 1980 pour galvaniser l'amitié sino-japonaise et compte 2500 pieds de pivoines arbustives, espèces locales et chinoises. Seulement une partie fleurit en hiver, une importante floraison de saison se fait aussi en avril dans une toute autre atmosphère. Cet endroit fait partie des shin-meisho, nouveaux lieux renommés, de Tokyo et se trouve dans le sanctuaire Toshogû qui lui fut édifié en 1627 pour honorer le premier shogun, Tokugawa Ieyasu. Le bâtiment du sanctuaire, bâché actuellement car en cours de restauration, est un des très rares vestiges bâtis de l'époque Edo, construit dans un style décoratif "à la chinoise", très orné, coloré et doré, d'une luxuriance prisée au début du XVIIe siècle mais vite abandonnée, et qu'on retrouve à Nikkô. A côté, se détache la silhouette d'une pagode de cinq niveaux qui faisait partie du Kanei-ji, important temple bouddhique tutélaire des Tokugawa. Cet autre rare vestige de la cité d'Edo est maintenant intégré dans le zoo de Ueno, le premier du Japon créé en 1882. Faire finir la dynastie des Tokugawa au zoo est révélateur de l'estime dans laquelle les réformateurs de Meiji la tenaient.

Dans cette belle collection botanique, des arbustes variés et tous intéressants forment des arrangements avec les pierres des bordures d'allure rustique mais très composées. Et au-dessus, dominent de très grands arbres, formant un couvert de ramures.

Des cartouches verticaux en bois énoncent des poèmes, tous portant le mot fuyubotan 冬牡丹, pivoine d'hiver. Et à la fin de la promenade, des papiers, des feutres donnent l'occasion à chacun de s'exercer à la composition poétique, ou bien de laisser une petite trace de son passage. 

mercredi 25 janvier 2012

Le lycée français de Tokyo a le sens de l'à propos...センスの良い日仏学園

Lundi 23 janvier, mon fils, élève de seconde du lycée français de Tokyo a fait une sortie de classe organisée par le professeur principal, enseignant de mathématiques.
L'objectif : "Découvrir des métiers scientifiques et technologiques en relation avec l’énergie" par des visites d'usines. Deux sites sont au programme, Saint-Gobain et Mitsubishi, dans la région de Tokyo, sans plus d'information.

Quelques jours auparavant, je remplis l'autorisation de sortie en lui demandant quelles sont les productions de ces usines. Il me dit qu'il l'ignore mais que le prof a parlé d'une surprise. Saint Gobain, on peut un peu imaginer (il s'agira en fait d'une unité de production de matériaux isolants en fibre de verre) mais Mitsubishi, c'est un groupe énorme. J'imagine quelque chose en rapport avec les préoccupations actuelles, ce dont on parle au Japon, comme les méga-centrales solaires, ou bien la géothermie, ...
Le soir, à son retour, il m'annonce, très remonté : "Nous avons visité l'usine Mitsubishi de production de combustible nucléaire."
Quoi ! En plein accident nucléaire, la découverte des métiers scientifiques de l’énergie se limite à une usine de barres d'uranium ! J'en suis restée bouche bée. 
Le programme de la journee

Léo m'explique qu'avec ses camarades, ils ont pris un dosimètre, puis enfilé combinaisons, bottes, gants et masques de protection. Je lui demande si les élèves ont posé des questions, il me répond que non, ce sont les divers guides ou films, en français, en anglais, ou en japonais, qui ont parlé tout le temps. Aucun temps de questions, de débat, n’était prévu. 
Et rien à propos de Fukushima, ou de l’après Fukushima. Fukushima ? Ça n'existe pas.
Ça n'existe tellement pas que la carte de localisation des combustibles nucléaires au Japon a carrément supprimé Tepco ! (rectification importante : cette carte représente les clients de Mitsubishi Nuclear Fuel, dont Tepco ne fait pas partie car utilisant une autre technologie).


Il semble évident qu'après l'accident de Fukushima, toujours en cours, la réflexion sur l'avenir de toute la filière nucléaire est forcement posée aux industriels concernés. Déjà, comment un tel accident est vécu, intégré dans la logique industrielle ? Faire comme si rien ne s'est passé, c'est tout simplement malhonnête. Et ainsi conduite, cette visite prend des airs de propagande.
Les documents ramenés présentent le cycle de l'uranium, depuis la mine, exploitée par de jolies poupées roses, jusqu'au mox, comme un cycle ininterrompu, parfait, continu. Les déchets ? Quels déchets ? Et bientôt, apprend-on, au Japon arrivera le J-mox nouveau, production locale. En voila une bonne nouvelle. 
Le cycle du combustible nucléaire
A la fin de la journée, les élèves ont reçu un questionnaire à remplir pour leur faire restituer le contenu de leur visite. Avec cette question : "Quels sont les trois E (en anglais) que doit prendre en compte dans ses choix la politique énergétique ?". La réponse se trouve dans les documents fournis par Mitsubishi : Economy, Environmental conservation, Energy security. Ce slogan résume les arguments classiques du choix du nucléaire, qui produirait de l’électricité bon marché, de façon indépendante et en relâchant peu de CO2.
Les 3 E... エネルギーの3Eのモットー


Dans la situation actuelle du Japon, on peut goûter la pertinence des arguments. Le Japon se retrouve aujourd'hui avec 3 réacteurs (sur 54) en fonctionnement et doit suppléer à ces carences dans l'urgence. D'un point de vue économique, l’État est en train de nationaliser Tepco qui est incapable de faire face aux paiements des dédommagements. Quant à la conservation de l'environnement, c'est sans commentaire.
Répondre à cette question des trois E aujourd'hui au Japon, c'est soit du second degré et je n'ai pas le même sens de l'humour, ou soit c'est prendre nos enfants pour des buses.

Une raison, pragmatique, de cette visite : un cadre français, dirigeant de cette unité de production dont 30% est détenu par Areva, est père d'une élève de la classe.

J'ai fait part de mon grand étonnement sur ce choix de visite, et surtout la manière de l'effectuer, à une association de parents d’élèves. J'attends la suite, s'il y en a une.

mardi 17 janvier 2012

17 janvier 1995, il y a 17 ans à Kôbe... 阪神・淡路大震災から17日で17年になり

Bougies dans des bambous taillés en biseau... 竹の中にろうそくを点して photo journal Asahi
Jour de recueillement à Kôbe en mémoire des victimes du séisme du 17 janvier 1995, cela fait 17ans. Peu avant 6h du matin, à l'heure à laquelle se produisit le tremblement de terre, 6434 bougies, évocation de chaque victime, ont été allumées par des enfants en un grand cercle. En d'autres lieux se sont des arbres, des spirales que les petites flammes des bougies ont dessinés. 
Ces cérémonies sont toujours très belles, très émouvantes et vivantes à la fois. Les petites lueurs vacillantes rappellent la fragilité de la vie, apportent consolation aux âmes en peine des êtres arrachés à la vie violemment, et plus sûrement encore à ceux qui restent et partagent ces instants. 
Cette année, des habitants du Tôhoku frappé en mars sont venus se joindre aux cérémonies de Kôbe. Pourtant rien de morbide dans ces événements organisés et vécus par les habitants eux-mêmes, acteurs de leur commémoration.
Photo journal Mainichi
Pour ceux qui s'intéressent à la question des liens entre la culture japonaise et la nature, voici une très intéressante émission de radio, sur France Culture, rediffusée le samedi 7 janvier, après une première diffusion en juillet : 

Concordance des temps, de Jean-Noël Jeanneney, sur le thème "les Japonais et la nature", avec un historien spécialiste du Japon, Pierre-François Souyri. 
Ça dure une petite heure et parmi ce que j'ai entendu après le 11 mars en France, c'est une des meilleures émissions.
Les documents sonores sont riches et parfois inattendus, notamment "Les bancs publics" de Brassens version japonaise.

mardi 10 janvier 2012

Tombée sur un panneau à Waseda... 早稲田で掲示板に出くわして

Premier matin de reprise en ce début d’année. Ciel clair et sec, petite bise sibérienne, c'est un hiver de saison à Tokyo cette année.
Une entrée de l'université Waseda... 早稲田大学の一つの入り口
Dans les allées de l’université Waseda où je travaille, sont accrochés aux arbres des panneaux annonçant des événements à venir en tous genres, symposiums, spectacles, conférences, manifestations anti-nucléaires ou autres, expositions, ... organisés par les facultés, les étudiants, divers clubs, organismes ou services de l’université. Dix facultés qui réunissent quelque 50 000 étudiants, cela crée du mouvement.
Les panneaux contre les arbres... 並んでいる掲示板
 Je tombe sur ce panneau :
Présentées par le Centre des Carrières de l'Université Waseda
Pour les étudiants étrangers
Conférences de présentations d'entreprises 2012

Suivent les dates des quatre réunions prévues les 6 et 14 fevrier, 15 mars et 12 avril prochains, de 13h à 16h.
Le public concerné : les étudiants étrangers qui seront diplômés en septembre 2012 ou mars 2013, suivant les cycles de l’université japonaise.

Peut-être pourrions-nous suggérer à Claude Guéant, notre zélé ministre de l'Interieur, auteur de la fameuse circulaire du 31 mai, d'y faire un tour. Cette "circulaire Guéant" limite, ou plutôt empêche, l'embauche des étudiants étrangers non européens, alors que celle-ci était déjà très encadrée par une loi datant du 24 juillet 2006.

Certes, la constitution des élites des pays émergents ou immergés est une question, mais on doute que ce soit le souci de M. Guéant, préoccupé simplement de ratissage électoral à droite toute. Cette circulaire, triste reflet de la politique actuelle, a été dénoncée comme "moralement inadmissible, politiquement dangereuse et économiquement absurde" par des présidents d'université ou de grandes écoles, des chercheurs ou des enseignants, qui ont de plus en plus de difficultés à inviter des professeurs étrangers ou recruter des étudiants non européens. Même Mme Parisot remarque que "le message envoyé à l'international n'est pas valorisant pour nos entreprises". En effet, à l'heure de la globalisation vantée à tous crins, ça fait mauvais effet.

Je peux donner un exemple que je connais, celui d'une étudiante japonaise inscrite depuis septembre en doctorat à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, bénéficiant d'un financement japonais, titulaire d'un diplôme de 3ème cycle de l'université de Tokyo, qui après des démarches pendant six mois, n'a toujours pas de permis de séjour. Sa solution : rentrer tous les trois mois au Japon et revenir avec un statut de touriste !
 




dimanche 1 janvier 2012

Meilleurs voeux pour 2012... 新年あけましておめでとうございます


Que mille fleurs puissent refleurir sur les dépouilles de notre illusoire monde productiviste !

Trouvaille faite en décembre à Tokyo, Edogawa-ku, Hirai où j'habite... 東京都江戸川区の平井に住んでいる町で12月にした掘り出し物

A la boutique foraine
trois sous de brouillard
c'est tout ce que j'ai vu
dans leur télescope
Kobayashi Issa (1763-1827) 

Le drame du monde moderne, c'est que l'indispensable n'est pas garanti et le superflu n'a pas de limite.  

Pierre Rabhi (né en 1938) 

jeudi 22 décembre 2011

Les radiations vues par une graphiste japonaise... 赤つぶつぶの絵


"Si les radiations étaient visibles, si les radiations étaient des points rouges, voila ce qu'on verrait réellement."

Ce film a été réalisé par Yugi Misato, une illustratrice de Tokyo. La musique et les textes des raps ont été composés par les élèves d'un lycée de New York, Harlem Renaissance High-school.
Dans la dernière partie, un jeune rape en français. 
Les images, minimalistes, enchaînent des scènes, des paysages, tous irradiés, qui font références aux situations vécues depuis le 11 mars : pollution de l'air, de la mer, des aliments, du riz, des forêts, des champignons, de tous les êtres vivants, contrainte de consommer des produits contaminés, etc.
Apparaît une évocation de Hiroshima et de "Pluie noire" (1970), récit de Ibuse Masuji, qui raconte les conséquences de l'explosion atomique sur la vie quotidienne d'une famille, les peurs engendrées par la pluie noire radioactive tombée après la bombe et la discrimination vis à vis des victimes. De telles phénomènes ont ponctuellement surgi ces derniers mois : hôtelier qui refuse de louer une chambre à des habitants de Fukushima par exemple.

"Que toutes les grandes personnes surmontent tout et protègent toutes les vies."
Au Japon, ce n'est pas le Père Noël qui est en rouge cette année.

Le blog de Yugi Misato : Un jour, un dessin :  http://www.mikanblog.com/

mercredi 14 décembre 2011

Decon, suite sans fin...デコン、完結なし続き

Résumé de la situation pour qui aurait raté un épisode :

Le Japon ne peut se permettre l'option Tchernobyl, c'est à dire condamner une portion de son territoire pour cause de radioactivité.

Le pays se trouve donc dans l'obligation de "nettoyer" (c'est l'euphémisme officiel employé, clean クリーン) de larges étendues et de traiter de monstrueuses quantités de matériaux : végétaux et sols contaminés issus principalement des cinq préfectures autour de la centrale de Fukushima, débris et gravats laissés par le tsunami et pollués par la radioactivité, auxquels s'ajoutent des résidus secrétés de diverses façons par le désastre nucléaire, qui surgissent au fil du temps et bien au-delà de Fukushima.
Seulement dans la zone d'exclusion de 30km, les décombres du séisme et du tsunami atteignent 500 000 tonnes.

Les carpes du mois de mai qui flottent après le tsunami... 津波の後のこいのぼり
L’état prend en charge le "nettoyage" de la zone d'exclusion et de tous les sites où la radioactivité est supérieure à 20 millisieverts/an. Ailleurs, ce sont les municipalités avec des aides financières publiques qui s'occupent de la decon. Des essais sont en cours, eau sous pression, brossage, aspirateurs de feuilles, afin d'élaborer des directives officielles qui seront données en janvier.
Pour réduire les volumes, il est envisagé d'incinérer tout, même la terre, mais les cendres issues de la combustion, concentrées, ont des taux de radioactivité bien supérieurs aux matériaux d'origine. Le Gouvernement a décidé la récupération des cendres chargées de plus de 8 000 Bq/kg pour contrôler leur stockage en containers et éviter les fuites. Les lieux et modes de stockage n'ont pas encore été fixés. Pendant un temps, c'est la préfecture de Fukushima elle-même, fichue pour fichue, qui était désignée pour entreposer toutes les matières indésirables. Devant l'émoi suscité par ce sacrifice consommé, rien n'a été encore tranché. C'est vrai que ce serait une "solution rationnelle" mais c'est aussi une condamnation définitive difficile à assumer, alors qu'officiellement les efforts de "nettoyage" doivent permettre aux habitants de revenir chez eux.

En dessous de 8 000 Bq/kg, les cendres finissent dans les cimenteries, donc in fine mélangées dans du béton, ou bien déposées avec des résidus d'incinération ordinaires dans les comblements artificiels faits sur le littoral, notamment en baie de Tokyo (umetate-chi). 

Le 24 août dernier, il est brusquement apparu que 42 incinérateurs publics, traitant les déchets ménagers ordinaires, répartis dans 7 préfectures dont celle de Tokyo, contenaient des cendres avec des taux de radioactivité supérieurs à 8 000 Bq/Kg. Ils ont dû stopper leurs activités avant qu'une solution ne soit trouvée pour les désengorger. Laquelle ? Je ne sais pas. En tout cas, en ne brûlant que des déchets ménagers ou de jardin a priori "normaux", ces incinérateurs se sont trouvés saturés de résidus radioactifs, et cela jusque dans Tokyo.
Tests de decon professionnelle, préfecture de Fukushima, toit d'une mairie. Eau chaude, eau froide, circuit fermé, huile de coude et couleurs pop. En janvier, des directives vont être données en fonction de ces essais... デコンの専門的なテスト (photo Asahi )

Le même problème avait surgi plus tôt dans les stations d'épuration qui, après les pluies ayant rabattu au sol le nuage radioactif du mois de mars, se sont remplies d'eaux de ruissellement fortement contaminées puis saturées de boues fortement radioactives. La solution adoptée pendant l'été, présentée dans un reportage de la NHK : une dispersion de containers dans de petits sites clos et soi-disant sécurisés, situés par-ci par-là à la campagne, parfois au beau milieu des rizières ; cela, exécuté sans consultations ni informations des habitants, évidemment aussi inquiets que mécontents, qui s'organisent en associations pour pouvoir contrôler les contrôles.

Le Gouverneur de Tokyo (80 ans aux prunes) a décidé, sans aucun débat public, d'accepter des débris contaminés du tsunami en provenance de petites communes du littoral qui n'ont bien sûr pas la capacité d'absorber ces montagnes de déchets (il leur faudrait 20 ans). Ils seront brûlés dans les différents incinérateurs publics de Tokyo, en ville. Le premier convoi est arrivé début novembre et le programme doit se poursuivre jusqu'en mars 2013 pour traiter 100 000 tonnes. Les déchets contaminés sont mélangés avec un ratio de 1/10 avec d'autres. Osaka vient d'emboîter le pas à Tokyo, et comme à Tokyo, l'opposition des populations est très forte. En tout, les trois préfectures littorales (Miyagi, Iwate, Fukushima) ont 22 millions de tonnes de décombres à partager. Finalement, devant les réticences des habitants, la pédagogie est mise en œuvre : premier test d'une série effectué hier 13 décembre, mesures des matériaux, des fumées et des résidus, mise en ligne des données, etc.
Malgré (ou à cause de) ces efforts, les Japonais ont de plus en plus l'impression de servir de cobayes exposés une radioactivité faible mais permanente et généralisée dont on connait mal les conséquences à long terme. C'est ce sentiment qui revient souvent dans les constats sur la situation.

Conclusion à ce jour : la "décontamination" ne fait aucunement disparaître la radioactivité mais ne fait que la déplacer, et donc, la répand partout.

Sur cette question des décombres et de leur dispersement, la vidéo en français sur "les débris maudits du Japon" faite par le journal Aujourd'hui le Japon est un bon résumé.




jeudi 8 décembre 2011

Pensée du jour... 今日の箴言

"L'humanité serait depuis longtemps heureuse, si tout le génie que les hommes mettent à réparer leurs erreurs, ils l'employaient à ne pas les commettre."
Georges Bernard Shaw (1856-1950)

lundi 5 décembre 2011

Décon, le mot de l'année... 今年の言葉とはデコン


Nous avions passo-con, パソコン abréviation en japanglais de personal computer, suivi de mini-con, ミニコン et fami-con, ファミコン pour mini computer et family computer, contenant sans doute des semi-con, セミコン, semi conductors ; nous avions air-con, エアコン pour air conditionner ; zene-con, ゼネコン pour general contractor c'est à dire entreprise de construction générale ; nous avions bodi-con, ボディコン pour body conscious qui qualifie les jeunes femmes vêtues très court et très moulant, apparues dans les euphoriques années 80 de la bulle économique. Et aussi loli-con, ロリコン, pour lolita complex et maza-con, マザコン pour mother complex, designant ceux qui aiment trop les très jeunes filles ou leur maman. 
Bodi-con ou loli-con ?... ロリコンかボディコンでしょうか?
Nous pouvons ajouter à notre collection des abréviations à succès en "con" un nouveau venu qui s'est désormais imposé, et pour longtemps, dans notre paysage lexical et notre environnement quotidien : decon, デコン pour decontamination.
Et voici "la technologie la plus avancée", dixit Hosono Goshi, ministre de l'environnement et de la crise nucléaire des deux derniers gouvernements, en tout cas la plus pratiquée en matière de décontamination au Japon depuis l'accident nucléaire de Fukushima :

                                      
Video diffusée par la NHK, télévision nationale, le 23 novembre 2011. Cette méthode présentée aux médias va être appliquée dans 600 vergers de la préfecture de Fukushima, soit 2 200 hectares. Comme on peut le voir, l'eau récupérée dans la bâche se déverse aux pieds des arbres. Bien souvent, il n'y a pas de bâche.

En ville, à Fukushima mais aussi dans les hot spots découverts à un rythme régulier à Tokyo et dans son agglomération (des points bas, caniveaux bouchés ou dalles, où des eaux de ruissellement stagnantes avec des saletés se sont accumulées concentrant des particules radioactives), c'est la même "technologie" qui est mise en œuvre. Ville et campagne, c'est donc une technique extrêmement adaptative et flexible, que n'importe qui peut utiliser (c'est à dire sans protection ni formation bien souvent). 

Bienvenue chez Kärsher, leader des solutions de nettoyage (c'est leur slogan, regarder le site à la lumière des événements ici, c'est involontairement assez drôle). On pourrait leur proposer : Des banlieues parisiennes à Fukushima, un coup de Kärsher et hop, ça repart.
Comme conclut un pêcheur de Fukushima, entre colère et tristesse : "En voilà une bonne idée, la "décontamination". Mais où est-ce qu'elles vont les matières radioactives une fois qu'elles sont "décontaminées" ? Dans les rivières, et à la fin, à la mer."
Qu'en pensent-ils ?... どう思いますか
Musée d'Art occidental... 西洋美術館

Si malgré sa grande polyvalence le Kärsher n'est pas utilisable, l'autre méthode utilisée (je ne sais comment la qualifie le ministre de l'environnement et de la crise nucléaire) est le grattage. Celui-ci consiste à retirer une couche superficielle de sol, terre, sable ou gazon selon l'endroit. Les lieux fréquentés par les enfants ont été traités assez systématiquement de cette façon, jusqu'à certains endroits à Tokyo : bacs à sable, cours des crèches et écoles, certains jardins publics. Au début, les matériaux décroutés restaient souvent sur place, recouverts d'une simple bâche en plastique. Mais où les mettre ? Qu'en faire ?

Jusqu'à présent, ces opérations de "décontamination", lavage ou grattage, sont souvent effectuées par des équipes de bénévoles (dans les premiers temps même les enfants participaient !) mais un marché se met en place depuis la loi-cadre instaurée en août. Les entreprises de nettoyage sont en train de développer le business de la decon, potentiellement lucratif puisque évalué à un billion de yens, c'est-à-dire 1 000 000 000 000 Yens (10 milliards d'euros environ), proportionnel aux volumes, énormes, à traiter.
Dans la préfecture de Fukushima, les quantités de sols où le niveau de radioactivité est supérieur à 5 000 Bequerel/kg, classés à retirer, sont estimées à 3 millions de tonnes. Le volume des sols et de végétation fortement radioactifs de la préfecture de Fukushima avec les quatre préfectures voisines, est évalué à 29 millions de mètres cubes.

Et il faut ajouter tous les gravats et débris causés par le tsunami et également radioactifs !
Où et comment stocker tout ça ? (A suivre)
Illuminations de Noël à Omotesandô... 表参道のクリスマスのイルミネーション


mercredi 30 novembre 2011

Fin novembre au parc Hibiya... 日比谷公園への11月の終わり

Voici pour finir le mois de novembre quelques photos prises vendredi dernier, le 25 novembre, toujours au parc Hibiya.
Un jour de semaine, les activités et les promeneurs y sont différents.

サラリーマンの昼の休憩
Les employés, appelés salary-man, nombreux dans ce quartier d'affaires et de ministères, viennent déjeuner et profiter du soleil.
On mange le fameux bentô, boîte repas, préparé à la maison c'est très tendance, ou bien acheté sur place. Ombre ou soleil tous les bancs sont occupés.
Les jardiniers ont mis en place sous les pins dans l'étang un dispositif en bambous pour récupérer plus facilement les rameaux taillés et les aiguilles épilées.

五百年の首かけイチョウ
Tout le monde admire en passant le ginko biloba vieux de cinq cents ans, certains lisent son histoire, d'autres le photographient avec leur téléphone portable. Cet arbre était condamné à être abattu au moment de la création du parc, vers 1898, car il se trouvait au milieu d'un carrefour dans ce quartier alors en pleine transformation. Le responsable de la conception du parc, Honda Seiroku, forestier et introducteur au Japon de la sylviculture moderne qu'il était allé étudier en Allemagne, fit le pari de réussir sa transplantation. Il l'organisa lui-même car personne ne la croyait possible et mit un point d'honneur à mettre son poste en jeu : si l'arbre n'y survivait pas, il démissionnerait. L'arbre est toujours là, bien vivant, et il a gagné le surnom de "Ginko-ma-tête-sur-le-billot". En japonais , on dit "se faire couper le cou" lorqu'on perd son job.








"Oasis dans la ville", ainsi est aujourd'hui qualifié Hibiya, or pendant longtemps ce n'est pas la nature que les Tokyoites venaient y chercher mais "le parfum de la ville". En effet, vers 1900 à son ouverture on venait dans ce parc pour y boire du café assis à une terrasse "comme en France", manger au restaurant assis sur une chaise avec une fourchette et un couteau (un des restaurants s'appelle d'ailleurs Bois de Boulogne), se promener à la lumière des tout premiers éclairages électriques installés au Japon, écouter de la musique occidentale -ou militaire- autour du kiosque à musique, voir des parterres de tulipes tout à fait exotiques, bref on venait prendre un véritable bain culturel.