« Faire d'un événement, si petit soit-il, la chose la plus délicate du monde, le contraire de faire un drame, ou de faire une histoire. »

Gilles Deleuze, Dialogues

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samedi 14 avril 2012

Enfin les cerisiers (1)...とうとう桜は咲いた

En ce printemps tardif, samedi dernier 7 avril, enfin est advenue la pleine floraison des cerisiers à Tokyo.
Quelques jours auparavant, l'Agence nationale de la météorologie 気象庁, qui s'occupe aussi de détecter et annoncer séismes et tsunami (pas de la rigolade), avait annoncé le début de la floraison, ce qui donne lieu à un communiqué officiel lorsque dix fleurs de cerisiers sont observées dans un lieu témoin, en l’occurrence le controversé sanctuaire Yasukuni.
Une des premières cartes de prévision avec les fronts isochrones de la floraison des cerisiers, publiée le 29 février 2012. De telles cartes sont ensuite mises à jour toutes les semaines et diffusées par tous les médias

Une telle précision dans la prévision et l'annonce n'est ni anecdotique, ni futile, ni ne relève de la procédure obsessionnelle, mais elle est nécessaire d'abord pour une bonne gestion des espaces publics.
Parc Koganei... 小金井公園

Certains lieux des grandes villes ou sites célèbres pour leurs cerisiers en pleine nature vont recevoir l'espace d'une semaine des centaines de milliers, voire des millions de visiteurs. D'où les mesures que les services municipaux doivent prendre : aménager des points de collectes des déchets, des toilettes publiques, installer des lampions, organiser la location des stands forains qui vont vendre brochettes, nouilles sautées, boissons, ... De plus, nombre de personnes projettent une excursion vers tel ou tel site renommé tandis que les hôteliers et agences de voyages ajustent leurs offres et grilles de tarifs.
桜は七日, les cerisiers, c'est sept jours, dit le proverbe, il ne faut donc pas passer à côté de ce bref instant jaculatoire.
Parc Ueno, huit poubelles pour le tri des déchets... 上野公園のゴミ箱

Il y a trois ou quatre ans, l'Agence nationale de la météorologie s'est trompée dans sa prévision, établie par calcul informatique, annonçant les fleurs avec un peu d'avance. Bien sûr, chacun pouvait vérifier l'état d'avancement de la nature par soi-même mais après rectification, vus les enjeux collectifs, le directeur de l'Agence vint faire des excuses publiques retransmises au journal télévisé. On ne badine pas avec les responsabilités au Japon en général, et encore moins avec les fleurs de cerisiers. Rassurez-vous, il ne s'est pas fait seppuku mais l'incident était digne d'être relevé.
Vendeur de nouilles ambulant, parc Ueno. Ces mini-restaurants ambulants, yatai, ont fasciné Carlo Petrini, fondateur du mouvement Slow Food, lors de sa venue au Japon... 上野公園の屋台

A Tokyo, quand arrive fin mars, début avril, une fébrilité s'empare de la ville, une attente de ce moment aussi intense qu'éphémère, hanami, qui signifie littéralement regarder les fleurs, plus spécifiquement, jouir de la floraison des cerisiers. 
(à suivre)
Chien Hachiko, lieu de rendez-vous à Shibuya, sous un cerisier... ハチコの花見

mercredi 1 février 2012

Jardin de pivoines d'hiver à Ueno...上野の冬牡丹園

Jours de froid piquant et de bise mordante.
Et pourtant des pivoines sont en fleurs dans un jardin de Ueno, ouvert depuis le premier janvier et encore une large partie de février cette année.

A Japon, pour accueillir l'année nouvelle, on fait fleurir en plein hiver une variété de pivoine grâce à une capuche de paille de riz nommée wara bocchi 藁ぼっち qui crée un micro-climat autour de la plante et la protège de la neige. Cette couverture porte le même nom que les bottes de paille dans les rizières après la récolte, et n'est pas sans rappeler les pèlerines de paille, mino 蓑, portées autrefois pour se protéger de la pluie ou de la neige. La variété florale ainsi travaillée fleurit normalement deux fois, au début du printemps et à la fin de l'automne. La floraison du printemps est supprimée en éliminant les boutons et la floraison suivante, plus tardive dans l'hiver, est rendue possible grâce à la capuche de paille qui devient un élément plastique intégré dans le jardin. Le Japon est maître dans l'art de transformer les contingences en esthétique.

Cette manière a été mise au point durant l'époque Edo au XVIIIe siècle, période qui vit un essor éclatant de l'horticulture avec la démultiplication des hybrides de nombreuses plantes à fleurs et des techniques de culture. La classe dominante, celles des bushi, les guerriers, se retrouva avec beaucoup de temps libre pendant les 250 ans de paix de l'époque Edo (1603-1867). Obligés par le shogunat des Tokugawa à posséder plusieurs résidences, dans leur fief et dans la cité d'Edo, les samouraïs se reconvertirent dans le jardinage. Certains puissants daimyô, grands feudataires, laissèrent leur fortune dans leurs jardins d'agrément.

Cette floraison est révélatrice des liens avec la nature très construits par la culture japonaise. La relation à la nature, au Japon, est souvent qualifiée d'harmonie, mais il faudrait plutôt parler d'alliance très sophistiquée. Dans quel but ? Goûter un moment révélé par sa beauté éphémère et partager un bref et délicat plaisir poétique. La sensualité des fleurs de pivoines paraît encore plus fragile dans la froidure hivernale. Outre la touche d'attirance pour l'étonnant ou même le bizarre ajoutée par l'époque Edo, c'est toujours notre condition, précaire et transitoire, qu'évoquent les faits de nature ainsi mis en scène sous forme d'un paysage dramaturgique. 

Ce jardin, qui semble être là depuis toujours, fut créé en 1980 pour galvaniser l'amitié sino-japonaise et compte 2500 pieds de pivoines arbustives, espèces locales et chinoises. Seulement une partie fleurit en hiver, une importante floraison de saison se fait aussi en avril dans une toute autre atmosphère. Cet endroit fait partie des shin-meisho, nouveaux lieux renommés, de Tokyo et se trouve dans le sanctuaire Toshogû qui lui fut édifié en 1627 pour honorer le premier shogun, Tokugawa Ieyasu. Le bâtiment du sanctuaire, bâché actuellement car en cours de restauration, est un des très rares vestiges bâtis de l'époque Edo, construit dans un style décoratif "à la chinoise", très orné, coloré et doré, d'une luxuriance prisée au début du XVIIe siècle mais vite abandonnée, et qu'on retrouve à Nikkô. A côté, se détache la silhouette d'une pagode de cinq niveaux qui faisait partie du Kanei-ji, important temple bouddhique tutélaire des Tokugawa. Cet autre rare vestige de la cité d'Edo est maintenant intégré dans le zoo de Ueno, le premier du Japon créé en 1882. Faire finir la dynastie des Tokugawa au zoo est révélateur de l'estime dans laquelle les réformateurs de Meiji la tenaient.

Dans cette belle collection botanique, des arbustes variés et tous intéressants forment des arrangements avec les pierres des bordures d'allure rustique mais très composées. Et au-dessus, dominent de très grands arbres, formant un couvert de ramures.

Des cartouches verticaux en bois énoncent des poèmes, tous portant le mot fuyubotan 冬牡丹, pivoine d'hiver. Et à la fin de la promenade, des papiers, des feutres donnent l'occasion à chacun de s'exercer à la composition poétique, ou bien de laisser une petite trace de son passage. 

mardi 17 janvier 2012

17 janvier 1995, il y a 17 ans à Kôbe... 阪神・淡路大震災から17日で17年になり

Bougies dans des bambous taillés en biseau... 竹の中にろうそくを点して photo journal Asahi
Jour de recueillement à Kôbe en mémoire des victimes du séisme du 17 janvier 1995, cela fait 17ans. Peu avant 6h du matin, à l'heure à laquelle se produisit le tremblement de terre, 6434 bougies, évocation de chaque victime, ont été allumées par des enfants en un grand cercle. En d'autres lieux se sont des arbres, des spirales que les petites flammes des bougies ont dessinés. 
Ces cérémonies sont toujours très belles, très émouvantes et vivantes à la fois. Les petites lueurs vacillantes rappellent la fragilité de la vie, apportent consolation aux âmes en peine des êtres arrachés à la vie violemment, et plus sûrement encore à ceux qui restent et partagent ces instants. 
Cette année, des habitants du Tôhoku frappé en mars sont venus se joindre aux cérémonies de Kôbe. Pourtant rien de morbide dans ces événements organisés et vécus par les habitants eux-mêmes, acteurs de leur commémoration.
Photo journal Mainichi
Pour ceux qui s'intéressent à la question des liens entre la culture japonaise et la nature, voici une très intéressante émission de radio, sur France Culture, rediffusée le samedi 7 janvier, après une première diffusion en juillet : 

Concordance des temps, de Jean-Noël Jeanneney, sur le thème "les Japonais et la nature", avec un historien spécialiste du Japon, Pierre-François Souyri. 
Ça dure une petite heure et parmi ce que j'ai entendu après le 11 mars en France, c'est une des meilleures émissions.
Les documents sonores sont riches et parfois inattendus, notamment "Les bancs publics" de Brassens version japonaise.

samedi 19 novembre 2011

En croisant Jean-Henri Fabre au parc Hibiya un samedi... 土曜日に日比谷公園でジャン・アンリ・ファーブルとすれ違う

Samedi dernier, je me suis rendue au parc Hibiya, situé en plein centre de Tokyo près du Palais Impérial, pour assister à une conférence du Shimin-kareji, Collège des citadins. Hibiya est le premier parc public conçu comme tel sur le modèle occidental au Japon et son éclectisme syncrétique raconte la mise en œuvre de la modernité, formes et idées, comme un bricolage qui a fait naître un modèle nouveau.
Parc Hibiya, pelouse et parterres... 日比谷公園の花壇と芝生

Le jardin japonais... 日比谷公園の日本庭園
Le Shimin-college, appelons-le ainsi, est un centre culturel régi par la fondation publique qui gère les espaces verts de Tokyo. Il organise des expositions, des cycles de conférences sur des aspects historiques ou environnementaux et diverses formations en rapport avec les parcs, les jardins, la nature en ville : activités pratiques, naturalistes, artistiques, éducatives ou ludiques pour les enfants, formation des guides bénévoles, formation continue des jardiniers professionnels, etc.
Après la conférence, je descends à la bibliothèque spécialisée sur ces mêmes thémes, et à l'entrée, présenté en évidence, je tombe sur ce livre très grand format bien ouvert.


市民カレッジの資料館にあるジャン・アンリ・ファーブルの本

Il s'agit de la traduction d'un ouvrage publié en 1991, Les champignons de Jean-Henri Fabre. L'édition japonaise, en 1992, reprend et annote les amples textes introductifs qui présentent l’œuvre de J.H. Fabre (prononcé Fabulu en japonais) et surtout reproduit à l'échelle d'origine 221 aquarelles que le naturaliste réalisa pendant les sept années de sa vie qu'il consacra à l'étude des champignons. La bibliothécaire m'explique que ce livre est mis en évidence parce qu'il y a beaucoup de champignons dans le parc en ce moment et que les aquarelles sont très belles.
Des associations font même des "sorties champignons", botaniques et gustatives, dans les parcs publics de Tokyo, dont Hibiya. Il existe des peuples, des cultures "mycophages", qui savourent les champignons, et d'autres qui les excluent de leur régime alimentaire, le Japon fait partie résolument des premiers, comme les pays latins d'Europe. Malheureusement, cette année, et bien d'autres ensuite, les cesium 131 et 137 retombés de Fukushima nous privent de ces plaisirs.

Récolte des fruits du ginko biloba, l'amande à l'intérieur du noyau est très appréciée... 銀杏拾いする
Lorsque je suis arrivée au Japon, en comprenant que j'étais française, on me citait, à ma grande surprise, Jean-Henri Fabre (1823-1915) comme le compatriote le plus connu ici. J'étais d'autant plus surprise qu'à l'époque, ça ne me disait rien alors que j'avais passé mon enfance à 25 km de son Harmas de Sérignan, mais aucune sortie scolaire ni familiale ne m'avait amenée jusque là-bas. 
Je ne suis pas la seule, si j'en crois ce texte puisé dans les Chroniques japonaises d'un certain "Fabrice au Japon" :
"C’est en lisant un recueil de récits de Yoko Ogawa, La bénédiction inattendue (paru en 2007), que je suis tombé une fois de plus sur une référence à Jean-Henri Fabre. Je dis une fois de plus car je n’ai jamais autant entendu parler de lui que depuis que je suis au Japon ! Ainsi ai-je rencontré plusieurs fois des Japonais qui m’ont parlé de lui avec respect et admiration, et qui connaissaient sa vie et ses Souvenirs entomologiques sans doute bien mieux que moi, qui suis pourtant originaire du Vaucluse, le département où ce naturaliste a passé une grande partie de sa vie."
Artistes et critique... 芸術家と批評家

Je suis allée à l'Harmas pour la première fois en 1991 accompagnant un couple de Japonais assez âgé qui se faisait une immense joie de découvrir la demeure de Fabre. Devant l'état d'abandon du jardin et le peu de cas fait de quelques documents laissés à disposition, ils n'ont rien dit mais leur silence montrait que cette visite leur laissait une bien étrange impression et beaucoup d'incompréhension. Le gardien pourtant nous avait expliqué que peu de Français avaient entendu parler de J.H. Fabre alors que tous les Japonais le connaissaient.

 
Chasseur de martin-pêcheur... 川蝉の写真家

Les Souvenirs entomologiques de Fabre bénéficient au Japon de quatre traductions, la dernière en date publiée de 2005 à 2009 à l'occasion du centenaire de cette œuvre. La première traduction, toujours éditée, fut publiée en 1922 et établie par Osugi Sakae (1885-1923), penseur politique porté d'abord vers le christianisme et le socialisme, activiste social, syndicaliste et anarchiste radical, défenseur de l’espéranto et de l'amour libre, arrêté lors d'un discours à Saint Denis en 1922, et assassiné par la police politique japonaise en 1923 lors de la confusion qui suivit le grand séisme du Kantô. Fabre a donc été lu et reconnu par la pensée la plus avant-gardiste du début du XXème au Japon.
Dans le même coin du parc... 公園の同じ所
A la suite de cette première traduction, les textes de Fabre ont été introduits dans les programmes scolaires japonais, primaire et collège. Ils sont toujours lus en classe car ils allient valeur littéraire, intérêt scientifique ainsi qu'une approche de la nature que reconnaît la sensibilité japonaise. En France, c'est justement cette forme littéraire qui a tant nui, et nuit encore, entre autres, à la reconnaissance de Fabre. Le débat y est toujours vif à son sujet, sur sa légitimité même, car il n'adhèra pas à la théorie de l'évolution, alors que pourtant son travail et son apport sont maintenant clairement situés dans leur perspective historique. Témoigne de ces débats, la discussion qui s'anime à propos de l'article rédigé dans Wikipedia, critiqué véhémentement comme trop élogieux par certains. 
En fait, on en veut à Fabre en France parce qu'il n'est pas Darwin et qu'on s'est fait voler la vedette par un perfide Anglais.
Au Japon, le fond culturel animiste qui perdure dans les rituels sacrés toujours vivants du shintoisme et la culture scientifique occidentale s'accommodent fort bien l'un de l'autre. Les textes de Fabre ne sont donc pas déconsidérés parce qu'ils seraient impurs scientifiquement, trop emprunts de poésie et d'une certaine spiritualité. Au contraire, on y est touché par sa vision du monde.
Exposition de chrysanthèmes... 菊の展覧会


De nombreux insectes font partie au Japon de ces éléments signes de saison, saisis par une expression sensible au moment précis de leur apparition éphémère. Ils révèlent, autant que les fleurs, cette émouvante fragilité du monde à laquelle chaque être vivant participe : les lucioles, les libellules, les cigales, les scarabées rhinocéros et les lucanes cerf-volants, les grillons et tous les insectes stridulants de l'automne, les araignées, ... Même le moustique trouve sa place en poésie, faisant ressortir notre grand dénuement et notre vulnérabilité.  
Les grands magasins, style galerie Lafayette, ont en été un rayon "insectes" avec tout le matériel nécessaire à la chasse, filets, boîtes, qui vendent aussi des bestioles pour les enfants qui rentrent bredouilles ou sont flemmards. A l'automne, dans les ruelles de Tokyo, on rencontre souvent de grandes mantes religieuses, vertes ou brunes. Il y a quelques jours, une mère s'arrête avec sa poussette à un feu, l'enfant d'environ deux ans se penche pour observer une mante religieuse qui l'intrigue. Le feu passé au vert, sa mère repart et lui aussitôt se met à brailler : "kamakiri, kamakiri, la mante je veux la prendre !" A à peine deux ans, en plein Tokyo, il sait déjà reconnaître et nommer cet animal. 
On peut se marier aussi à Hibiya, sous le ginko vieux de 500 ans...日比谷公園に行う結婚式

Au jardin d'enfants puis à l'école primaire, les enfants apprennent à reconnaître et attraper, sans les blesser ni se faire blesser éventuellement, nombre d'insectes ou de bestioles, même les larves de libellules avant de vider et nettoyer la piscine au printemps (chaque école primaire publique est dotée d'un bassin de plein air). On joue spontanément avec les cloportes trouvés sous les pierres et qui se mettent en boule dès qu'on les touche. On les appelle d'ailleurs dango-mushi, bestiole-boulette de riz, par analogie avec la forme ronde. Les dango, faits de riz gluant sucré, sont des douceurs très appréciées des enfants, donc rien de répugnant dans ce nom, au contraire. 
Voici la définition du cloporte que donne le Robert :
cloporte , , origine inconnue
Petit animal arthropode (isopodes) qui vit près des habitations sous les pierres, dans les lieux humides et sombres. « fourmillant de cloportes et d'insectes dégoûtants » ().
Vivre comme un cloporte, confiné chez soi.
Individu répugnant, servile.

Les petites bêtes restent des créatures du diable chez M. Robert, dans notre langue et notre imaginaire.

J'ai étudié le guide de l'enseignant associé à un manuel scolaire pour une matière enseignée les deux premières années de l'école primaire (6 et 7 ans), initiation à la fois aux sciences naturelles et à la vie en société (cette association est d'ailleurs parlante). L'approche est basée sur l'observation concrète, le contact direct avec ce qui se trouve autour de soi (repérer, faire pousser, attraper, élever, transformer -les végétaux-, dessiner, décrire, raconter, imiter). Beaucoup d'exemples d'activités prennent comme sujet des insectes, autant voir même plus que les plantes, notamment pour transmettre des notions comme la valeur de tout le vivant ou la transformation des cycles naturels. On initie les enfants à une véritable "observation participative" en leur demandant de se mettre à la place de l'insecte dans son milieu (éventuellement reconstitué dans un petit vivarium) pour imaginer ses réactions, déduire ses comportements, ce qui amène à une forme d'empathie. Exactement la méthode de Fabre qui refusait :
"la superficielle méthode généralement adoptée. On prend un insecte, on le transperce d'une longue épingle, on le fixe dans la boîte à fond de liège, on lui met sous les pattes une étiquette avec un nom latin et tout est dit sur son compte. Cette manière de comprendre l'histoire entomologique ne me suffit pas. Vainement on me dira que telle espèce a autant d'articles aux antennes, tant de nervures aux ailes, tant de poils en une région du ventre ou du thorax; je ne connaîtrai réellement la bête que lorsque je saurai sa manière de vivre, ses instincts, ses mœurs."  (Souvenirs entomologiques T. I, chap. IX, p. 136-137)
Pourquoi cette focalisation à l'école au Japon sur les insectes ? Parce qu'ils peuvent être élevés facilement, réagissent plus vite que les plantes, se métamorphosent encore plus radicalement, réalisant ces passages énigmatiques entre des mondes parallèles qui font partie de la conscience japonaise, parce qu'ainsi ils révèlent si bien le mystère de la vie, l'inconnu à nos pieds, parce que
C'est si naturel, ce me semble, si à la portée de chacun, si entraînant que de s'intéresser à tout ce qui grouille autour de nous !" Souvenirs entomologiques (T. VI, chap. III, p. 35).
Toutes les photos ont été prises le même jour, le 12 novembre 2011, au parc Hibiya où l'on fait encore bien d'autres choses...