« Faire d'un événement, si petit soit-il, la chose la plus délicate du monde, le contraire de faire un drame, ou de faire une histoire. »

Gilles Deleuze, Dialogues

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dimanche 3 mars 2013

Voyage à Nara... 奈良物語

pagode du temple Hôryûji... 法隆寺の塔

"Ahahahaha tu prreends
t'es déjà arrivé au temple ?
J'avoue moi au moins j'ai mon frère :p

Ahahaha l'endurance mais sur plusieurs jours

Mouhahaha
Le pire c'est après mec
parents sont genre
"regarde la beauté du temple, regarde les peintures"
Et moi j'en ai absolument rien à battre

Le pire des pire c'est quand t'a un guide ou un audio-guide pck là c'est parti pour les explications de 20 mn sur une histoire que t'oubliera un jour plus tard

Mec c'est horrrrible
Surtout quand tu va dans des pays genre Cambodge, Chine
comme c'est pas cher t'a un guide pour tout"

SMS reçu par mon fils (17 ans), envoyé par un copain (16 ans) en apprenant qu'il se trouve à Nara en voyage avec sa mère (5? ans) pendant quatre jours.

Quelques éléments de traduction :
tu prends = tu morfles
:p  = figure quelqu'un qui tire la langue pour se moquer
pck = parce que


Détail de la pagode du temple Hôryûji, plus vieux bâtiment en bois au monde... 法隆寺の塔


Mur dans le temple Hôryûji... 法隆寺の中の壁

Nara, au centre du Yamato, cœur historique du Japon, fut de 710 à 784 la capitale de l'empire naissant sous le nom de Heijô-kyô, durant ce qu'on nomme aujourd'hui l'époque de Nara. 
Elle fut la première véritable capitale construite du pays, tracée sur le modèle orthogonal de la ville chinoise de Xi'an. En effet, auparavant, les capitales étaient transférées à la mort de chaque empereur. Selon les conceptions religieuses, la mort est impure et lorsqu'il s'agissait de la mort de l'empereur, l'état de souillure le plus grave touchait la capitale. 
Les palais étaient détruits et reconstruits ailleurs mais au début du VIIIe siècle, il fut décidé de créer un centre plus durable afin d'établir un gouvernement et une administration, c'est à dire l'organisation d'un État, selon le modèle chinois et appuyé par la puissance religieuse du bouddhisme.

Temple Tôdai-ji... 東大寺
Encadrant la ville, deux très grands temples bouddhiques devaient être édifiés : le Tôdai-ji et le Saidai-ji (le "grand temple de l'est" et le "grand temple de l'ouest"). Seul le Tôdai-ji fut construit et à la suite d'incendies, plusieurs fois reconstruit et réduit, mais il abrite la première grande statue du Bouddha placée à l'intérieur d'un temple au Japon. Il se trouve au milieu du Parc de Nara, au pied des montagnes, où se trouvent de nombreux autres temples bouddhiques ainsi qu'un grand sanctuaire shintoïste Kasuga Taisha, dans une forêt pleine de daims sacrés et d'arbres enlacés de glycines sauvages qui forment d'étranges lianes. 
Lianes de glycine dans les arbres... 木の中に上がっている山藤
Pourtant, au tournant du VIIIe siècle, à son tour Nara fut abandonnée au profit de Heian-kyô, la future Kyoto, et devint à jamais "l'ancienne capitale", source inépuisable de nostalgie pour les poètes des siècles suivants, nommée furuki miyako,"'vieille capitale" puis furusato, "pays natal" à l'échelle de toute la nation.
C'est aujourd'hui une petite ville très provinciale, avec une ambiance de gros bourg pleine de charme, qui abonde en pièces monumentales classées au patrimoine mondial de l'humanité, pour la grande joie des adolescents traînés en voyage par leurs parents.
Rues et ruelle de Nara... 奈良まちの道と路地
C'est ce contraste, ce décalage entre une monumentalité très officielle qui a laissé d'immenses édifices symétriques et réguliers, placés au milieu de vastes esplanades, et une rusticité provinciale et simple qui rendent si touchante la ville de Nara. Si exemplaire aussi de l'impermanence de toutes choses, comme du destin des villes, notion chère au bouddhisme. 
Dans le jardin Isuien (époque Edo), emprunt du paysage : toit du temple Tôdaiji et monts entourant Nara... 依水園の借景、東大寺と若草山
Demeure gelé
Le paysage où se détachent
les cerisiers de la montagne :
Leurs jeunes bourgeons
Hibernent sans doute encore.

Fujiwara no Suetsune (1131-1221)

dimanche 9 octobre 2011

Encore des cartes mais moins humoristiques... まだマップですけれどもそれほどユーモアがありません

Le ministère de l'Education Nationale et des Sciences vient de publier les cartes de la radioactivité des préfectures de Tokyo et de Kanagawa (autour de Yokohama) venant compléter la cartographie de la région autour de Fukushima diffusée en septembre.
Carte d'ensemble autour de Fukushima



Carte de la métropole de Tokyo

Les relevés ont été faits entre le 14 et le 18 septembre par un hélicoptère qui a mesuré les rayons gamma en passant 10 fois au même endroit, puis en rétablissant par des calculs la valeur à un mètre du sol.
Pas de chance, j'habite à l'est de Tokyo, à droite sur la carte, dans une zone bleu clair, c'est à dire avec des niveaux de radiation de 0,1 à 0,2 microsivert/heure, soit de 0,9 à 1,8 millisivert/an. La limite d'exposition autorisée aux radiations artificielles est de 1 mSv/an en général, 20 mSv/an pour les personnels exposés (les fameux "travailleurs du nucléaire" par exemple), et n'oublions pas que nous en avalons aussi, en quantité inconnue. 
Les normes sont les mêmes qu'en France, et les autorités japonaises essaient de faire admettre une dérogation à celles-ci. Ce qui est commode avec les normes, c'est qu'on les respecte quand tout va bien, et qu'on les change en cas de problème. (EDF fait exactement la même chose avec les limites des rejets radioactifs en rivière en période de sécheresse ; quand la norme ne peut plus être respectée, hop, on fait une dérogation).

 On voit que l'ouest de Tokyo, à gauche sur la carte, se colore de bleu de plus en plus clair, soit 0,2 à 0,5 microsivert/heure. Cela révèle le relief montagneux couvert de forêts, lesquelles sont de véritables capteurs de la radioactivité qui s'entretient car les feuilles tombent, ajoutent leur contamination au sol et le cycle se nourrit lui-même. Tchernobyl a montré que le milieu forestier était particulièrement contaminé et le restait. Le Japon est un pays de forêts, la couverture forestière atteint 68% du territoire national, ce qui devient un problème dans la région de Fukushima, et est inquiétant dans l'ouest de Tokyo.

Par ailleurs, la métropole de Tokyo a effectué des analyses du sol à Shinjuku. Depuis cinq ans des mesures de la radioactivité sont faites, sans détection d'iode 131 ni de cesium 134, et 2 à 3 Bq/kg de cesium 137. Cette année, les résultats sont bien évidemment différents : pas d'iode 131, et 790 Bq de césium (à peu près la moitié de chaque) pour 1 kg de terre sur une épaisseur de 5 cm. Si on fait une conversion avec le facteur 65 proposé par la Japan's Nuclear Safety Commission, on atteint 51 350 Bq par m². Mazette ! On comprend les parents qui hésitent à laisser jouer les petits dans les bacs à sable.

Les conclusions du Ministère sont que les villes de Tokyo et de Yokohama ne présentent pas de "hot spot", points de concentration très élevée, et que les niveaux relevés ne nécessitent pas de décontamination. Même si les mesures calculées à un mètre du sol (contamination de l'air) et relevées dans le sol (contamination de la terre) présentent une grande divergence.