« Faire d'un événement, si petit soit-il, la chose la plus délicate du monde, le contraire de faire un drame, ou de faire une histoire. »

Gilles Deleuze, Dialogues

jeudi 3 mai 2012

D'où vient hanami ?... 花見とは


Lorsque Tokugawa Ieyasu choisit le site de Edo en 1590 pour installer le siège de son fief, la cité n'est qu’un petit port de pêche sous un vieux château. Son choix, déterminé par des critères objectifs et modernes, anticipe un développement urbain à venir. Sa vision se confirme puisque Edo est la plus grande ville du monde dès le XVIIIe siècle, avec un million et demi d'habitants (quand Paris ou Londres comptent environ 500 000 habitants ; et Edo devenu Tokyo en 1868 n'arrêtera pas sa croissance), mais le site manque d’une assise historique et culturelle capable d’enraciner la légitimité du pouvoir militaire du shogun instauré à partir de 1603. Bref, ni Edo, ni la dynastie des Tokugawa n'ont une longue généalogie à afficher.
Parc Ueno en avril... 上野公園
Au tout début de l’époque Edo, en 1624, le troisième shogun, Tokugawa Iemitsu décide, d’après un rêve et les conseils d’un moine, de faire construire sur le site de Ueno un vaste temple bouddhique pour assurer la protection de la ville. Ueno se trouve à la limite nord-est de la ville, dite kimon, « porte des démons », direction considérée néfaste. Le premier des édifices bouddhiques construits, Tôeizan Kan’ei-ji, prend la fonction importante de borne protectrice de la ville, et devient le temple tutélaire des Tokugawa. Son implantation inscrit la cité selon les principes d’origine chinoise du feng shui (fûsui, en japonais, « vent et eau »), garants de prospérité. Les règles du fûsui avait déterminé le choix des sites et les tracés des précédentes capitales, Nara, Kyoto, ou de Kamakura, mais n'ont pas été prises en compte à Edo. (Ce qui est bien commode avec le fûsui, c'est qu'on peut toujours s'arranger après coup.)
Certains gardent la place jusqu'au soir, préparent la fête, en attendant les collègues de travail
Autre référence importante, la colline boisée et l’étang de Ueno sont vus comme, en miniature, le lac Biwa dominé par le mont Hiei, sites célèbres proches de Kyoto, la capitale impériale. Le premier temple construit à Ueno est d'ailleurs affilié à un très important monastère du mont Hiei, situé lui aussi au nord-est de la ville, prodiguant protection à la ville et éducation aux princes impériaux.
Par le recours à la valeur mythique des lieux, Iemitsu continue son entreprise de transfert symbolique en faisant  transplanter en grand nombre, sur la colline de Ueno, des cerisiers provenant de Yoshino, site sacré et des plus célèbres, proche des anciennes capitales Nara et Kyoto, et lié également à la famille impériale. 
Parc Ueno, l'allée au milieu de l'étang... 不忍池
La vaste entreprise de construction du paysage de Ueno, avec ses bois de cerisiers et ses temples, énonce que quelque chose d’important commence. L’objectif de cette greffe de meisho, sites célèbres par leur histoire et leur paysage, est de créer un mythe fondateur et des liens symboliques. La transposition de lieux riches d'historicité liés aux capitales impériales (Nara, Kyoto, Yoshino...) dote d’une épaisseur culturelle Edo, nouvelle capitale politique sans grand passé, quasi neuve. 
Par cette scénographie paysagère, le shogounat tente d’enraciner la légitimité de son pouvoir et de renforcer sa souveraineté. La production de ce paysage politique, dans un lieu spécifique qui dépasse l’échelle locale, d’abord participe à la mise en place d’un pouvoir fort et centralisé et puis doit l’incarner. Construire, planter et nommer ont des rôles complémentaires et en miroir. 
Parc Ueno... 上野公園
Mais les choses évoluent un peu différemment. Ueno, par son appropriation populaire, est aussi un espace d’innovation en devenant rapidement l’endroit le plus fameux pour admirer les cerisiers en fleurs. L’engouement des visiteurs transforme en véritable manifestation populaire hanami, qui signifie « voir les fleurs », mais plus spécifiquement celles de cerisiers. 
Dans le creuset de la ville d’Edo, les rites sacrés de la campagne et la culture esthétique issue de l'aristocratie ont fusionné dans des pratiques populaires aux significations renouvelées, dont hanami est le modèle original. « Faire hanami » suivant l’expression japonaise, c’est fêter le renouveau du printemps, les promesses d’une année fertile qui commence, c’est aussi jouir de la profusion explosive et de la beauté éphémère des fleurs tout en restant conscient de la fragilité de ce monde, donc de notre précaire condition. C’est d’abord une occasion de faire la fête à ne pas manquer. Le peuple d’Edo a ajouté un sens hédoniste à ce qui était à l’origine un rituel agraire (rites de fertilité, d'accueil de divinités et d'observation des bourgeons pour prévoir le calendrier agricole) puis une pratique sociale de cour liée à la composition poétique, et qui devient à Edo, d'abord sur la colline de Ueno, une célébration populaire et collective accompagnant le déploiement d'un nouveau paysage urbain.
Parc Ueno... 上野公園
Fêter les fleurs de cerisiers et le printemps peu prendre une tournure subversive en un tel lieu symbolique, le shogounat ne s'y trompe pas, qui tente d'interdire, en vain, ou l'alcool, ou les déguisements, ou la musique, ou les tenues féminines trop voyantes.

Ueno est ainsi décrit : « Les cerisiers au printemps, les fleurs de lotus en été, la pleine lune à l’automne, la neige en hiver. » A Ueno, le peuple d’Edo non seulement prend plaisir à profiter de la floraison des cerisiers au printemps, mais aussi des fleurs de lotus qui couvrent l’étang en été, à contempler la pleine lune qui s’y reflète en automne et à s’émerveiller du paysage enneigé en hiver. Des échoppes vendant de la nourriture ou des souvenirs, des maisons de thé apparaissent au bord de l’étang. Ces promenades sont fréquentées tout le long de l’année selon un calendrier reflétant le rythme de la nature, et diverses pratiques, pas aussi déférentes à l’égard du pouvoir que n’aurait souhaité le shogounat, s'y sont diffusées. 
Et Ueno reste le hot spot de Tokyo lors de la hanami, même si les cerisiers fleurissent partout dans la ville, le long des canaux, au détour d'une rue, et ne sont pas limités à quelques parcs ou lieux célèbres.  

Jardin du Musée national à Ueno... 東京国立博物館の庭園
A l'entrée du parc, deux syndicalistes des chemins de fer font signer une pétition contre la reprise des centrales nucléaires, profitant de la venue de milliers de visiteurs.


dimanche 22 avril 2012

Les cerisiers : c'est la rentrée... 新学年の開始

Le moment de la floraison des cerisiers, vers le premier avril, a une importante signification collective au Japon, celle de la rentrée. 
En effet, pour les élèves et les étudiants, c'est la rentrée des classes et le début d'une nouvelle année académique ; pour le monde du baseball et la Chambre des représentants, c'est la reprise du championnat et des sessions parlementaires ; à la télévision, c'est le début d'une grille de programmes rénovée avec des présentateurs et des décors rénovés aussi ; dans les entreprises, c'est le commencement d'un nouvel exercice budgétaire et le premier jour de travail pour les jeunes recrues. 
Ce calendrier de rentrée, généralisé à toutes les activités, est unique dans l'hémisphère nord. 
Université Waseda... 早稲田大学
Donc pour moi aussi, c'est la rentrée avec de nouveaux étudiants qui ont en général autour de vingt ans. Lors des premières classes, pour les connaître un peu, j'aime bien discuter avec eux des raisons de leurs choix de cours, de leurs centres d'intérêt, de ce qu'ils aiment faire en dehors de l'université. Je leur demande de résumer tout cela dans une petite note où ils ajoutent deux ou trois choses qu'ils aimeraient faire dans leur vie. 
Cette année, plusieurs ont répondu : "Je souhaite vivre longtemps et en bonne santé." C'est la première fois qu'une telle réponse apparaît ! Comme si cela n'allait pas tout à fait de soi...
Jardin Ôkuma, université Waseda... 早稲田大学の大隈庭園
L'université Waseda, où j'ai grand plaisir à travailler, possède un jardin de 3,3 hectares sur son campus principal. C'était à l'origine le jardin d'agrément de la résidence d'un daimyô, puissant seigneur vassal direct du shogun à l'époque Edo (1603-1867). Il est de la forme classique à cette période, avec un étang entouré de sentiers qui permettent plusieurs promenades et offrent une succession de vues et d'ambiances variées grâce à une colline, des arbres et des végétaux très divers, des rochers, des lanternes, des pierres gravées, ...
Jardin Ôkuma, université Waseda... 早稲田大学の 大隈庭園
Le fondateur de l'université, Ôkuma Shigenobu (1838-1822) fut un homme politique important, plusieurs fois premier ministre, pendant l'ère de la modernisation du Japon sur le modèle occidental à partir de 1868. Il fonda l'université en 1882 sur des domaines qu'il avait rachetés, et il établit sa résidence personnelle dans celle de ce daimyô. Il remodela le jardin dans le style hybride propre à cette époque, mêlant éléments japonais et occidentaux, avec en tête l'image du jardin de lettré de Kyoto. Il introduisit une pelouse centrale, élément occidental donc vecteur de modernité, qui permet aux étudiants, maintenant que le jardin est ouvert au public, de profiter des beaux jours. Entièrement incendié pendant la guerre, ce jardin bénéficia d'une restauration proche de son état avant destruction.
和洋四条家風の大隈庭園

Ce ne sont pas seulement les étudiants qui viennent s'y délasser puisque ce lieu, comme le reste du campus, est ouvert sur la ville et le quartier. Certains y viennent de loin pour faire une visite culturelle, aussi bien que les puéricultrices de la crèche proche qui s'y promènent avec les tout petits, ou les gosses du quartier à la pêche aux écrevisses. Qu'ils puissent vivre longtemps et en bonne santé !

samedi 14 avril 2012

Enfin les cerisiers (1)...とうとう桜は咲いた

En ce printemps tardif, samedi dernier 7 avril, enfin est advenue la pleine floraison des cerisiers à Tokyo.
Quelques jours auparavant, l'Agence nationale de la météorologie 気象庁, qui s'occupe aussi de détecter et annoncer séismes et tsunami (pas de la rigolade), avait annoncé le début de la floraison, ce qui donne lieu à un communiqué officiel lorsque dix fleurs de cerisiers sont observées dans un lieu témoin, en l’occurrence le controversé sanctuaire Yasukuni.
Une des premières cartes de prévision avec les fronts isochrones de la floraison des cerisiers, publiée le 29 février 2012. De telles cartes sont ensuite mises à jour toutes les semaines et diffusées par tous les médias

Une telle précision dans la prévision et l'annonce n'est ni anecdotique, ni futile, ni ne relève de la procédure obsessionnelle, mais elle est nécessaire d'abord pour une bonne gestion des espaces publics.
Parc Koganei... 小金井公園

Certains lieux des grandes villes ou sites célèbres pour leurs cerisiers en pleine nature vont recevoir l'espace d'une semaine des centaines de milliers, voire des millions de visiteurs. D'où les mesures que les services municipaux doivent prendre : aménager des points de collectes des déchets, des toilettes publiques, installer des lampions, organiser la location des stands forains qui vont vendre brochettes, nouilles sautées, boissons, ... De plus, nombre de personnes projettent une excursion vers tel ou tel site renommé tandis que les hôteliers et agences de voyages ajustent leurs offres et grilles de tarifs.
桜は七日, les cerisiers, c'est sept jours, dit le proverbe, il ne faut donc pas passer à côté de ce bref instant jaculatoire.
Parc Ueno, huit poubelles pour le tri des déchets... 上野公園のゴミ箱

Il y a trois ou quatre ans, l'Agence nationale de la météorologie s'est trompée dans sa prévision, établie par calcul informatique, annonçant les fleurs avec un peu d'avance. Bien sûr, chacun pouvait vérifier l'état d'avancement de la nature par soi-même mais après rectification, vus les enjeux collectifs, le directeur de l'Agence vint faire des excuses publiques retransmises au journal télévisé. On ne badine pas avec les responsabilités au Japon en général, et encore moins avec les fleurs de cerisiers. Rassurez-vous, il ne s'est pas fait seppuku mais l'incident était digne d'être relevé.
Vendeur de nouilles ambulant, parc Ueno. Ces mini-restaurants ambulants, yatai, ont fasciné Carlo Petrini, fondateur du mouvement Slow Food, lors de sa venue au Japon... 上野公園の屋台

A Tokyo, quand arrive fin mars, début avril, une fébrilité s'empare de la ville, une attente de ce moment aussi intense qu'éphémère, hanami, qui signifie littéralement regarder les fleurs, plus spécifiquement, jouir de la floraison des cerisiers. 
(à suivre)
Chien Hachiko, lieu de rendez-vous à Shibuya, sous un cerisier... ハチコの花見

mercredi 11 avril 2012

Drôle de hanami... 変な花見

Étrange vue des cerisiers en fleurs, devant le ministère des Armées d’autodéfense japonais, à Shinjuku, en plein Tokyo : les rampes de lancement antimissiles installées en prévention du tir d'une fusée nord-coréenne prévu le 14 avril.
Les intentions de ce tir étant peu claires et perçues comme menaçantes, toutes les précautions sont prises, bien en vue.
北朝鮮によるミサイル発射の通告期間に入る中、グラウンドで発射態勢が整ったPAC3=東京都新宿区の防衛省で Photo journal Mainichi
Après les tremblements de terre, tsunami, typhons et tempêtes, voici le temps des missiles, c'est vrai qu'on commençait à s'ennuyer un peu. D'ici peu, ce ne sont pas seulement les pétales des cerisiers qui vont peut-être nous tomber sur la tête.
PS : la fusée a été tirée ce matin 13 avril vers 7 heures (heure japonaise), et elle s'est abimée en mer entre la Corée du nord et la Chine, à l'ouest de la péninsule coréenne, après 81 secondes de vol. Rien pour nous.

jeudi 15 mars 2012

Sur les quais de la Seine, le Japon.... セーヌ河岸の古本屋の箱に日本は入っています

La Boîte de bouquiniste n° 31, face à l’Institut de France, au niveau du 17, quai Conti à Paris, ouvre en l'honneur du Japon pendant le Salon du livre, du 17 au 19 mars, et présente une sélection de livres d'artistes, plasticiens et poètes, Manon Gignoux, Emmanuel Guilbert, Marie-Ange Guilleminot, Aki Lumi, Yuki Onodera, Emmanuelle Riva, Ryoko Sekiguchi, d'écrivains aussi, Michaël Ferrrier et Philippe Forest.

Métro Louvre-Rivoli et Pont-Neuf, Bus 24 et 27 arrêt Pont-des-Arts


Une installation dans une boîte de bouquiniste, une façon de faire passer dans l'espace public d'autres choses que commerciales.

mardi 6 mars 2012

Conférence rencontre le 14 mars... 3月14日の講演会

Mercredi 14 mars, à la BULAC, bibliothèque universitaire des langues et civilisations, 65 rue des Grands Moulins, 75 013 Paris, de 18h00 à 19h30 à l'auditorium, a lieu une rencontre autour du thème :
La nature dans la ville japonaise. Carnet de voyage … 
Avec Aleksi Cavaillez, illustrateur et vidéaste, et moi-même en tant qu'architecte et chercheur à l’Université de Waseda à Tokyo.

Voici un résumé de mon intervention :

La nature à Tokyo, des lieux, des saisons et des pratiques

L’histoire urbaine japonaise nous incite à décentrer notre regard pour voir comment la conception et la perception de la nature existent ailleurs et constater que la beauté peut être autre que celles des formes canoniques de la ville occidentale.
« La nature, fondement de la conception du monde au Japon, n’est pas la nature telle quelle, nue. C’est une nature qui a été cultivée tout au long de l’histoire, depuis les temps préhistoriques. Cette conception de la nature a formé le pays entier comme produit d’une civilisation, et la ville en  a représenté l’apogée. » écrit Kawazoe Noboru, historien de la ville et de l’architecture. Il se réfère plus précisément à Edo, capitale politique à partir de 1603, dont la population a atteint un million et demi d’habitants à partir du XVIIIe siècle et qui a véritablement matérialisé une idée spécifique de la nature. L’esthétique paysagère qui s’y est construite et diffusée, est liée à de multiples pratiques sociales qui forment toute une « urbanité en actes ». Basée sur une minutieuse observation du monde matériel et sa perception sensible, l’appréciation de la nature, c'est-à-dire d’une infinité d’éléments, de phénomènes en perpétuels changements, a structuré la vie des habitants selon le rythme des saisons.
A partir de la fin du XIXe siècle jusqu’aux années 70, les ressources naturelles de Tokyo se sont fortement dégradées. Malgré tout, on peut toujours observer la permanence du cours de la nature dans l’espace urbain et la vie sociale. De nombreuses pratiques, collectives ou individuelles, continuent de se dérouler suivant un calendrier d’événements saisonniers bien connus de tous, et ces conduites ne se réduisent pas à de simples habitudes ou à un folklore. Elles se réfèrent à des symboles, des valeurs, esthétiques notamment, et les transmettent. A travers ces pratiques rituelles, les citadins partagent et conservent une forte intimité avec de nombreux phénomènes naturels même dans une vaste région urbanisée comme celle de Tokyo. Dans la ville actuelle, la reconquête de la qualité de l’environnement et des paysages engagés par de multiples mouvements d’habitants est aussi une forme de réappropriation de l’espace public.
Dans un contexte de ville diffuse, étalée, qui se généralise, le cas de la ville japonaise peut être considéré comme une ouverture pour penser différemment le beau et le bien-être dans la ville.


jeudi 23 février 2012

Deux journées de rencontres... 脱原発世界会議の二日

Les 14 et 15 janvier derniers ont eu lieu, à Yokohama, deux jours de conférences internationales sur le thème "Un monde sans nucléaire". Une occasion pour tous les groupes, associations, mouvements, de se réunir, d'échanger leurs expériences, des informations, ... et écouter les nombreux intervenants venus du monde entier : de Russie et d'Ukraine pour parler de Tchernobyl, de Jordanie ou du Vietnam où le Japon doit installer des centrales nucléaires, et même de Tahiti, etc.
La soixantaine de tables rondes, conférences, projections de films, accompagnées de concerts qui se sont succédés du matin au soir sur une scène, a attiré 11 500 personnes, surtout des jeunes et des vieux. 
Pétition pour demander un référendum local sur le nucléaire. Les habitants de Tokyo et Osaka ont lancé cette initiative et ont reçu assez de signatures pour obtenir l'organisation d'un vote métropolitain. Les étrangers qui résident au Japon avec un visa permanent peuvent participer à ce type de référendum.

Ce type de rencontres est prisé par les Japonais, organisateurs hors pairs, et elles sont absolument nécessaires car il n'existe pas de mouvements ou de partis représentatifs de la société civile à l'échelle nationale ; au Japon, même les syndicats sont propres à chaque entreprise. Les actions sont donc toujours localisées, sur un problème précis, délimité et concret. Par exemple sur la question du nucléaire, l'action est concentrée pour obtenir la fermeture de telle ou telle centrale, comme celle de Tomari sur l'île de Hokkaidô, ou bien portée par une association locale comme celle des pêcheurs de Fukushima, interdits d'activité, qui luttent pour empêcher les rejets des eaux radioactives en mer.
Opposants aux centrales de Hokkaidô... 北海道の脱原発運動
Association de protection de la côte de Sanriku, Fukushima, contre les rejets radioactifs en mer

Chaque centrale, chaque question, a son groupe local d'activistes, appelé ici "mouvement d'habitants ou de citoyens", qu'il faudrait d'ailleurs plutôt nommer "mouvements  d'habitantes ou de citoyennes" tant les femmes sont présentes dans ces groupes et cela depuis longtemps. 
En effet, les femmes japonaises se préoccupent avant tout de la santé de leur famille, elles sont donc toujours montées au créneau sur les questions des pollutions industrielles ; elles sont diplômées, et en tant que femmes au foyer, elles peuvent dégager du temps pour s'investir dans la recherche de l'information, les réunions, la rédaction de documents, les rendez-vous avec les autorités politiques ou administratives. Les actions portent sur un point particulier mais par une obstination concentrée, elles finissent par porter leurs fruits. Ce mode d'intervention est en fin de compte efficace.
Les militantes contre l'utilisation du Mox, vendu par Areva au Japon, en entendant que j'étais française, ont commencé à me poser des questions sur l'utilisation du Mox en France auxquelles j'étais bien incapable de répondre. La prochaine fois que je pointe mon nez dans une telle rencontre, il faudra que je révise un peu.
Les spécialistes du Mox, opposées à la centrale de Monjû... モックスの専門家になった主婦たち

A l'entrée du centre de conférences, Yokohama Pacifico sur le port de Yokohama, des expositions de photos, tirages en noir et blanc des bombardements de Hiroshima et de Nagasaki, à côté de grands formats en couleurs d'images prises dans la zone d'exclusion de Fukushima. Toujours ce lien marqué entre ces trois événements pour souligner à la fois, le péché originel du nucléaire, d'abord militaire, la malédiction atomique du Japon, et l'indécence du choix de l'énergie nucléaire vis à vis des victimes, argument moral qu'avance toujours le prix Nobel de littérature, Oé Kenzaburo. Quelque chose de l'hybris qui s'empare des humains, de la démesure orgueilleuse et oublieuse des risques transparaît dans ces événements, Hiroshima, Nagasaki, Fukushima, que relie une dimension hors nature, littéralement monstrueuse. 
Chiens abandonnés errant dans la zone d'exclusion. Écrit sur le portique d'entrée de cette bourgade : "L'atome, énergie d'un avenir radieux"

Un représentant français était Paul Jobin, qui enseigne la sociologie du Japon à l’Université Paris Diderot et travaille sur les enjeux contemporains en santé publique. Il a publié le livre Maladies industrielles et renouveau syndical au Japon, qui part des premières pollutions dans des mines de cuivre au 19e siècle, aborde les combats fondateurs des populations contre l'usine chimique Chiso, cause de la redoutable maladie de Minamata due à la pollution des eaux de mer par des rejets de mercure à la fin des années 50 dans le sud du Japon. La reconstruction des liens à la nature abimée, à travers le renouveau de fêtes rituelles locales, de moments de partage par la communauté touchée devient la base d'actions contre les pouvoirs économiques et politiques. 
Groupe "Forêts du Japon, réseau biomasse"
Un arbre des propositions, à côté d'arbres des souhaits ou des pensées... 提案の木、希望の木、思考の木

Bien sûr, tout cela forme un fond pas très rigolo mais l'ambiance dans le centre de conférences vibrant comme une ruche, avec des ateliers en continu pour les enfants des participants, n'a rien de mortifère ou morbide. Au contraire ; c'est la vie sous toutes formes d'expressions qui surgit, avec ce côté bon enfant qui nous semble à nous Français (portés sur le concept, l'abstrait, la pensée universalisante, le militantisme prise de tête), un peu naïf, parfois presque niais. Mais l'absence de prétention donne en fait beaucoup de force. 
Échanges dans la salle des associations... NPOの部屋にある交流
Groupe amateur de musique et danse hawaïenne de la préfecture de Gunma devenu  anti-nucléaire à la suite de la forte contamination de la région... 群馬県のハワイアンダンスと脱原発運動の会
Dans le Japon ancien, on croyait que les séismes et tsunami étaient causés par un gros poisson-chat vivant sous terre qui se mettait à bouger. Ses mouvements étaient le signe du mécontentement des forces profondes de la nature contre l'impéritie des puissants et gouvernants. Les cataclysmes naturels offraient donc de fortes occasions de remettre en cause les pouvoirs en place. Pour beaucoup de Japonais, cette crise révèle aujourd'hui, de la même façon, les inconséquences de l’État et des bureaucrates. Jusqu'où ira la contestation ?





dimanche 12 février 2012

L'école, le nucléaire et la neutralité... 教育と原発と中立性

Ma vive réaction à la visite de l'usine de combustible nucléaire Mitsubishi-Areva à Tokai-mura* par les classes de secondes du lycée franco-japonais de Tokyo le 17 janvier dernier, a été perçue par certaines personnes comme "violente". Je tiens à dire que je ne doute pas un instant de la bonne volonté de tous ceux qui ont contribué à l'organisation de cette sortie. Et que je ne cherche ni polémique inutile, ni buzz à la petite semaine, mais "le contraire de faire une histoire". Cependant, pour revenir sur un commentaire critique, je ne pense pas qu'on puisse faire l'impasse sur la nature de la production d'une usine visitée par une classe parce que le but donné ne serait que découvrir des entreprises et des métiers. Ce serait se priver d'une occasion de réfléchir.

Neige à Tokyo le 18 janvier... 1月18日東京にある

Apprendre après coup le contenu de cette visite dont l'objectif annoncé était donc de "découvrir les métiers scientifiques et technologiques liés à l'énergie" et des "possibilités de carrières internationales", et surtout constater l'absence de mise en perspective par rapport à la situation du Japon, où nous vivons et qui doit faire face à un accident nucléaire majeur depuis le 11 mars, à 270km de Tokyo, cela aussi a été violent. Et vraiment incompréhensible. Pas seulement pour moi puisque l'association de parents d'élèves AF-fcpe a également réagi. 

Cette impression de déni de la réalité** serait en fait dû à un "problème de communication". Chose mieux précisée après coup encore, cette visite s'inscrit dans un projet "Eco-école", sur le thème de l'énergie cette année, et dans ce cadre, divers modes de production d'énergie devraient être présentés, le solaire devant succéder au nucléaire. Ainsi, tandis que l'école affirme son souci de ne s'interdire aucune thématique et de rester neutre, chacun pourra en connaissance de cause exercer son esprit critique. 

Cerisiers sous la neige. A Fukushima, la radioactivité est surnommée neige invisible... 雪の桜。福島では放射能は目に見えない雪だと言われています

Ne s'interdire aucun sujet, c'est très bien mais la neutralité, cela signifie-t-il présenter l'un après l'autre, sur le même plan, divers modes de production d'énergie, le nucléaire, puis le solaire, et ensuite les "bio-carburants" ? Nous sommes nombreux à penser qu'aujourd'hui un tel inventaire est tout sauf neutre. Parce que dans le cas des installations nucléaires, malheureusement, les conséquences d'un accident se font ressentir à des échelles de temps et d'espace que nous ne maîtrisons pas, voire incommensurables. Ici au Japon, dans un pays directement concerné, où la sismicité aiguë augmente fortement les risques, nous sommes bien placés pour le voir.

Aller visiter des installations nucléaires, nous ne sommes pas contre, mais il nous semble qu'on ne peut s'épargner ni la prise en compte des données contextuelles (c'est vraiment un minimum), ni même une réflexion de fond (qui ne veut pas dire une pensée unanimiste), par exemple autour des fameux trois E (economy, environmental conservation, energy independance). 

Ceci en guise d'épilogue sur un sujet important et sensible.                          Je me réserve le droit de supprimer les commentaires insultants ou déplacés.

* La destination annoncée aux élèves était Tsukuba qui évoque pour ceux qui résident au Japon une université et une technopole. Le nom de Tokai-mura suscite d'autres évocations puisque cet endroit "is specifically well know as the birthplace of atomic power in Japan", dixit la brochure ramenée. En effet, la première centrale nucléaire japonaise y a été mise en activité en 1963. Puis autour de celle-ci, se sont concentrés centres de recherche et industries liés à l'énergie atomique, tels plusieurs sites de fabrication de combustible. Pour ceux qui sont depuis plusieurs années au Japon, Tokai-mura évoque surtout le lieu où se produisit un sérieux accident de criticité dans une de ces usines, JCO, en septembre 1999, qui fit deux morts et plusieurs centaines de personnes irradiées.

** D'autant plus curieux que l'usine en question se trouve dans la préfecture de Ibaraki qui jouxte celle de Fukushima. Un père japonais m'a fait ironiquement remarquer qu'en mars dernier, le gouvernement français envoyait un avion pour rapatrier ses ressortissants et qu'en janvier, on emmenait les élèves visiter des installations nucléaires à Tokai-mura à deux pas de Fukushima. 

 

mercredi 1 février 2012

Jardin de pivoines d'hiver à Ueno...上野の冬牡丹園

Jours de froid piquant et de bise mordante.
Et pourtant des pivoines sont en fleurs dans un jardin de Ueno, ouvert depuis le premier janvier et encore une large partie de février cette année.

A Japon, pour accueillir l'année nouvelle, on fait fleurir en plein hiver une variété de pivoine grâce à une capuche de paille de riz nommée wara bocchi 藁ぼっち qui crée un micro-climat autour de la plante et la protège de la neige. Cette couverture porte le même nom que les bottes de paille dans les rizières après la récolte, et n'est pas sans rappeler les pèlerines de paille, mino 蓑, portées autrefois pour se protéger de la pluie ou de la neige. La variété florale ainsi travaillée fleurit normalement deux fois, au début du printemps et à la fin de l'automne. La floraison du printemps est supprimée en éliminant les boutons et la floraison suivante, plus tardive dans l'hiver, est rendue possible grâce à la capuche de paille qui devient un élément plastique intégré dans le jardin. Le Japon est maître dans l'art de transformer les contingences en esthétique.

Cette manière a été mise au point durant l'époque Edo au XVIIIe siècle, période qui vit un essor éclatant de l'horticulture avec la démultiplication des hybrides de nombreuses plantes à fleurs et des techniques de culture. La classe dominante, celles des bushi, les guerriers, se retrouva avec beaucoup de temps libre pendant les 250 ans de paix de l'époque Edo (1603-1867). Obligés par le shogunat des Tokugawa à posséder plusieurs résidences, dans leur fief et dans la cité d'Edo, les samouraïs se reconvertirent dans le jardinage. Certains puissants daimyô, grands feudataires, laissèrent leur fortune dans leurs jardins d'agrément.

Cette floraison est révélatrice des liens avec la nature très construits par la culture japonaise. La relation à la nature, au Japon, est souvent qualifiée d'harmonie, mais il faudrait plutôt parler d'alliance très sophistiquée. Dans quel but ? Goûter un moment révélé par sa beauté éphémère et partager un bref et délicat plaisir poétique. La sensualité des fleurs de pivoines paraît encore plus fragile dans la froidure hivernale. Outre la touche d'attirance pour l'étonnant ou même le bizarre ajoutée par l'époque Edo, c'est toujours notre condition, précaire et transitoire, qu'évoquent les faits de nature ainsi mis en scène sous forme d'un paysage dramaturgique. 

Ce jardin, qui semble être là depuis toujours, fut créé en 1980 pour galvaniser l'amitié sino-japonaise et compte 2500 pieds de pivoines arbustives, espèces locales et chinoises. Seulement une partie fleurit en hiver, une importante floraison de saison se fait aussi en avril dans une toute autre atmosphère. Cet endroit fait partie des shin-meisho, nouveaux lieux renommés, de Tokyo et se trouve dans le sanctuaire Toshogû qui lui fut édifié en 1627 pour honorer le premier shogun, Tokugawa Ieyasu. Le bâtiment du sanctuaire, bâché actuellement car en cours de restauration, est un des très rares vestiges bâtis de l'époque Edo, construit dans un style décoratif "à la chinoise", très orné, coloré et doré, d'une luxuriance prisée au début du XVIIe siècle mais vite abandonnée, et qu'on retrouve à Nikkô. A côté, se détache la silhouette d'une pagode de cinq niveaux qui faisait partie du Kanei-ji, important temple bouddhique tutélaire des Tokugawa. Cet autre rare vestige de la cité d'Edo est maintenant intégré dans le zoo de Ueno, le premier du Japon créé en 1882. Faire finir la dynastie des Tokugawa au zoo est révélateur de l'estime dans laquelle les réformateurs de Meiji la tenaient.

Dans cette belle collection botanique, des arbustes variés et tous intéressants forment des arrangements avec les pierres des bordures d'allure rustique mais très composées. Et au-dessus, dominent de très grands arbres, formant un couvert de ramures.

Des cartouches verticaux en bois énoncent des poèmes, tous portant le mot fuyubotan 冬牡丹, pivoine d'hiver. Et à la fin de la promenade, des papiers, des feutres donnent l'occasion à chacun de s'exercer à la composition poétique, ou bien de laisser une petite trace de son passage. 

mercredi 25 janvier 2012

Le lycée français de Tokyo a le sens de l'à propos...センスの良い日仏学園

Lundi 23 janvier, mon fils, élève de seconde du lycée français de Tokyo a fait une sortie de classe organisée par le professeur principal, enseignant de mathématiques.
L'objectif : "Découvrir des métiers scientifiques et technologiques en relation avec l’énergie" par des visites d'usines. Deux sites sont au programme, Saint-Gobain et Mitsubishi, dans la région de Tokyo, sans plus d'information.

Quelques jours auparavant, je remplis l'autorisation de sortie en lui demandant quelles sont les productions de ces usines. Il me dit qu'il l'ignore mais que le prof a parlé d'une surprise. Saint Gobain, on peut un peu imaginer (il s'agira en fait d'une unité de production de matériaux isolants en fibre de verre) mais Mitsubishi, c'est un groupe énorme. J'imagine quelque chose en rapport avec les préoccupations actuelles, ce dont on parle au Japon, comme les méga-centrales solaires, ou bien la géothermie, ...
Le soir, à son retour, il m'annonce, très remonté : "Nous avons visité l'usine Mitsubishi de production de combustible nucléaire."
Quoi ! En plein accident nucléaire, la découverte des métiers scientifiques de l’énergie se limite à une usine de barres d'uranium ! J'en suis restée bouche bée. 
Le programme de la journee

Léo m'explique qu'avec ses camarades, ils ont pris un dosimètre, puis enfilé combinaisons, bottes, gants et masques de protection. Je lui demande si les élèves ont posé des questions, il me répond que non, ce sont les divers guides ou films, en français, en anglais, ou en japonais, qui ont parlé tout le temps. Aucun temps de questions, de débat, n’était prévu. 
Et rien à propos de Fukushima, ou de l’après Fukushima. Fukushima ? Ça n'existe pas.
Ça n'existe tellement pas que la carte de localisation des combustibles nucléaires au Japon a carrément supprimé Tepco ! (rectification importante : cette carte représente les clients de Mitsubishi Nuclear Fuel, dont Tepco ne fait pas partie car utilisant une autre technologie).


Il semble évident qu'après l'accident de Fukushima, toujours en cours, la réflexion sur l'avenir de toute la filière nucléaire est forcement posée aux industriels concernés. Déjà, comment un tel accident est vécu, intégré dans la logique industrielle ? Faire comme si rien ne s'est passé, c'est tout simplement malhonnête. Et ainsi conduite, cette visite prend des airs de propagande.
Les documents ramenés présentent le cycle de l'uranium, depuis la mine, exploitée par de jolies poupées roses, jusqu'au mox, comme un cycle ininterrompu, parfait, continu. Les déchets ? Quels déchets ? Et bientôt, apprend-on, au Japon arrivera le J-mox nouveau, production locale. En voila une bonne nouvelle. 
Le cycle du combustible nucléaire
A la fin de la journée, les élèves ont reçu un questionnaire à remplir pour leur faire restituer le contenu de leur visite. Avec cette question : "Quels sont les trois E (en anglais) que doit prendre en compte dans ses choix la politique énergétique ?". La réponse se trouve dans les documents fournis par Mitsubishi : Economy, Environmental conservation, Energy security. Ce slogan résume les arguments classiques du choix du nucléaire, qui produirait de l’électricité bon marché, de façon indépendante et en relâchant peu de CO2.
Les 3 E... エネルギーの3Eのモットー


Dans la situation actuelle du Japon, on peut goûter la pertinence des arguments. Le Japon se retrouve aujourd'hui avec 3 réacteurs (sur 54) en fonctionnement et doit suppléer à ces carences dans l'urgence. D'un point de vue économique, l’État est en train de nationaliser Tepco qui est incapable de faire face aux paiements des dédommagements. Quant à la conservation de l'environnement, c'est sans commentaire.
Répondre à cette question des trois E aujourd'hui au Japon, c'est soit du second degré et je n'ai pas le même sens de l'humour, ou soit c'est prendre nos enfants pour des buses.

Une raison, pragmatique, de cette visite : un cadre français, dirigeant de cette unité de production dont 30% est détenu par Areva, est père d'une élève de la classe.

J'ai fait part de mon grand étonnement sur ce choix de visite, et surtout la manière de l'effectuer, à une association de parents d’élèves. J'attends la suite, s'il y en a une.

mardi 17 janvier 2012

17 janvier 1995, il y a 17 ans à Kôbe... 阪神・淡路大震災から17日で17年になり

Bougies dans des bambous taillés en biseau... 竹の中にろうそくを点して photo journal Asahi
Jour de recueillement à Kôbe en mémoire des victimes du séisme du 17 janvier 1995, cela fait 17ans. Peu avant 6h du matin, à l'heure à laquelle se produisit le tremblement de terre, 6434 bougies, évocation de chaque victime, ont été allumées par des enfants en un grand cercle. En d'autres lieux se sont des arbres, des spirales que les petites flammes des bougies ont dessinés. 
Ces cérémonies sont toujours très belles, très émouvantes et vivantes à la fois. Les petites lueurs vacillantes rappellent la fragilité de la vie, apportent consolation aux âmes en peine des êtres arrachés à la vie violemment, et plus sûrement encore à ceux qui restent et partagent ces instants. 
Cette année, des habitants du Tôhoku frappé en mars sont venus se joindre aux cérémonies de Kôbe. Pourtant rien de morbide dans ces événements organisés et vécus par les habitants eux-mêmes, acteurs de leur commémoration.
Photo journal Mainichi
Pour ceux qui s'intéressent à la question des liens entre la culture japonaise et la nature, voici une très intéressante émission de radio, sur France Culture, rediffusée le samedi 7 janvier, après une première diffusion en juillet : 

Concordance des temps, de Jean-Noël Jeanneney, sur le thème "les Japonais et la nature", avec un historien spécialiste du Japon, Pierre-François Souyri. 
Ça dure une petite heure et parmi ce que j'ai entendu après le 11 mars en France, c'est une des meilleures émissions.
Les documents sonores sont riches et parfois inattendus, notamment "Les bancs publics" de Brassens version japonaise.

mardi 10 janvier 2012

Tombée sur un panneau à Waseda... 早稲田で掲示板に出くわして

Premier matin de reprise en ce début d’année. Ciel clair et sec, petite bise sibérienne, c'est un hiver de saison à Tokyo cette année.
Une entrée de l'université Waseda... 早稲田大学の一つの入り口
Dans les allées de l’université Waseda où je travaille, sont accrochés aux arbres des panneaux annonçant des événements à venir en tous genres, symposiums, spectacles, conférences, manifestations anti-nucléaires ou autres, expositions, ... organisés par les facultés, les étudiants, divers clubs, organismes ou services de l’université. Dix facultés qui réunissent quelque 50 000 étudiants, cela crée du mouvement.
Les panneaux contre les arbres... 並んでいる掲示板
 Je tombe sur ce panneau :
Présentées par le Centre des Carrières de l'Université Waseda
Pour les étudiants étrangers
Conférences de présentations d'entreprises 2012

Suivent les dates des quatre réunions prévues les 6 et 14 fevrier, 15 mars et 12 avril prochains, de 13h à 16h.
Le public concerné : les étudiants étrangers qui seront diplômés en septembre 2012 ou mars 2013, suivant les cycles de l’université japonaise.

Peut-être pourrions-nous suggérer à Claude Guéant, notre zélé ministre de l'Interieur, auteur de la fameuse circulaire du 31 mai, d'y faire un tour. Cette "circulaire Guéant" limite, ou plutôt empêche, l'embauche des étudiants étrangers non européens, alors que celle-ci était déjà très encadrée par une loi datant du 24 juillet 2006.

Certes, la constitution des élites des pays émergents ou immergés est une question, mais on doute que ce soit le souci de M. Guéant, préoccupé simplement de ratissage électoral à droite toute. Cette circulaire, triste reflet de la politique actuelle, a été dénoncée comme "moralement inadmissible, politiquement dangereuse et économiquement absurde" par des présidents d'université ou de grandes écoles, des chercheurs ou des enseignants, qui ont de plus en plus de difficultés à inviter des professeurs étrangers ou recruter des étudiants non européens. Même Mme Parisot remarque que "le message envoyé à l'international n'est pas valorisant pour nos entreprises". En effet, à l'heure de la globalisation vantée à tous crins, ça fait mauvais effet.

Je peux donner un exemple que je connais, celui d'une étudiante japonaise inscrite depuis septembre en doctorat à l’École des Hautes Études en Sciences Sociales, bénéficiant d'un financement japonais, titulaire d'un diplôme de 3ème cycle de l'université de Tokyo, qui après des démarches pendant six mois, n'a toujours pas de permis de séjour. Sa solution : rentrer tous les trois mois au Japon et revenir avec un statut de touriste !
 




dimanche 1 janvier 2012

Meilleurs voeux pour 2012... 新年あけましておめでとうございます


Que mille fleurs puissent refleurir sur les dépouilles de notre illusoire monde productiviste !

Trouvaille faite en décembre à Tokyo, Edogawa-ku, Hirai où j'habite... 東京都江戸川区の平井に住んでいる町で12月にした掘り出し物

A la boutique foraine
trois sous de brouillard
c'est tout ce que j'ai vu
dans leur télescope
Kobayashi Issa (1763-1827) 

Le drame du monde moderne, c'est que l'indispensable n'est pas garanti et le superflu n'a pas de limite.  

Pierre Rabhi (né en 1938)