Au milieu de l'enceinte impériale qui représente quelque 115 hectares dans un périmètre de 6 km, se trouve une aire de 25 hectares laissée à son évolution spontanée, nommée Fukiage.
A l'époque d'Edo, c'était un jardin d'agrément attenant à une résidence. A la suite du grand incendie de Meireki en 1657, dans lequel une grande partie de la ville nouvellement bâtie partit en fumée ainsi que le château du shogun qui venait d'être reconstruit, il fut décidé de réserver cet endroit en tant que bois coupe-feu. Les arbres y sont donc très vieux, certains ont 300 ou 400 ans, autour d'une source qui forme un étang, d'où le nom de Fukiage, Jaillissement.
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Page de la NHK qui présente l'information avec une vidéo. |
L'empereur s'est réjoui de cette nouvelle, lui qui conscient de l’intérêt et de la qualité
exceptionnelle de l’environnement à l’intérieur de l’enceinte du palais, a pris l’initiative en 1996 de l’ouvrir à un groupe de chercheurs afin d'effectuer des inventaires de la faune et de la flore. 3
638 espèces d’animaux et 1 366 espèces de plantes ont été répertoriés (plus une !), leurs
évolutions et patrimoines génétiques font l’objet d’études. La nouvelle anémone s'appelle donc en japonais fukiage nirinsô フキアゲニリンソウ, le nom botanique doit être Anemone flaccida var Fukiage. Elle fait 40 à 50 cm de hauteur, et sa fleur blanche s'incline lorsqu'il pleut. Le "centre vide" tel que Roland Barthes avait qualifié le Palais impérial dans son livre L'empire des signes tellement sa nature lui semblait insaisissable se révèle plutôt très habité et bien vivant.
D’abord centre du
pouvoir réel puis symbolique, enceinte interdite et sacrée, le site du château
d’Edo devenu palais impérial est en train de se transformer en sanctuaire
écologique. Du rôle de garant sacré de la prospérité et de la fertilité du pays
(l’empereur conduit toujours chaque année des rites agraires de repiquage et de
récolte du riz), puis symbole de la nation, la figure de l’empereur se
convertit en témoin et veilleur de la biodiversité du territoire. Depuis
l’époque Taishô (1912-1926), il est de tradition que les membres de la famille
impériale se consacrent à l’étude des sciences naturelles, censées éviter les
sujets polémiques ou risqués ayant trait à l’histoire nationale. Cependant,
dans le monde actuel où la question environnementale devient primordiale avec
des implications politiques croissantes, la conduite de l’empereur prend une
signification d’engagement dans le champ social. Comme quoi, il est difficile
d’échapper à la mise en perspective historique de ses actes, surtout si on est
empereur.
Sur ce même sujet de la nature en ville, la chaîne Arte diffuse une série de documentaire Naturopolis, à partir de vendredi 2 mai (Rio de Janeiro), le vendredi 9 mai (New York), le vendredi 16 mai (Paris) et le vendredi 23 mai (Tokyo) pour lequel j'ai "fait du conseil" auprès des réalisateurs.
Pour plus de renseignements, voir sur le site d'Arte le lien suivant.
Pour plus de renseignements, voir sur le site d'Arte le lien suivant.